Vers minuit, ma migraine s'était intensifiée. Tout le jour, les murs et le plafond négligés du studio avaient résonné du vacarme incessant des voitures qui accéléraient sur la voie aérienne, au centre de la ville, dont l'arche passait à quinze mètres au-dessus du toit du studio, une Babel délirante et insensée de klaxons, de pneus stridents, de coups de freins et de moteurs qui ronflaient par les corridors et les cages d'escaliers jusqu'au studio du deuxième étage, emplissant l'atmosphère viciée de plomb et de rage. Épuisants, mais au moins impersonnels, ces sons, je pouvais les supporter. Au crépuscule cependant, quand la voie aérienne se calmait, ils étaient recouverts par la mystérieuse claque fantôme, les applaudissements venus de nulle part et qui, de l'obscurité environnante, s'abattaient sur la scène.