La phrase titre du billet précédent est une phrase de Marcel Broodthaers que je me suis appropriée dans un contexte très étroit qui est celui de l'art contemporain. Même si mon quotidien est influencé par mes activités artistiques voire orienté par celles-ci, ne serait-ce qu'avec tchatchhh, je suis incapable d'appliquer le mot "réussite" sur une existence. D'ailleurs, c'est avec beaucoup de détachement et d'ironie que Broodthaers a employé ce terme. En réalité, je n'ai pas d'objectif et je ne peux donc pas évaluer ma réussite. Néanmoins, je n'avance pas à tâtons, je suis même assez déterminée et précise dans mes choix. Cependant, j'accepte toutes les dérives comme d'autres possibles stimulants, c'est pourquoi je m'intéresse à la rencontre.
Le marché de l'art m'indiffère et je n'ai jamais rien fait pour en faire partie. Par contre, inscrire ma pratique dans un débat d'idées est nécessaire et me nourrit.
La phrase de Broodthaers : « Moi aussi, je me suis demandé si je ne pouvais pas vendre quelque chose et réussir dans la vie. Cela fait un moment déjà que je ne suis bon à rien. Je suis âgé de quarante ans. » De plus en plus, l'art contemporain propose des kits de réussite : avoir la bonne idée au bon moment / faire vite et efficace. Je suis très loin de cette approche que je trouve illusoire; elle fait en plus le jeu de notre société et perd sa nuisance critique.

Illustration : le chat de l'interview du billet précédent.