"Je suis pour l'amour, Célestine, pour l'amour fou !" marmonne Michel Piccoli dans le sublime Journal d'une femme de chambre de Luis Buñuel d'après Octave Mirbeau. Lorsqu'en 1930 le cinéaste espagnol provoquait la salle avec L'âge d'or et qu'attaquaient physiquement la Ligue anti-juive et la Ligue des patriotes, la provocation était d'une autre nature esthétique et politique que les ringardises poulbots de Pascal Lièvre.
J'avoue mal supporter la superficialité des prétentions post-modernes de ce type. Les responsables branchés, nouveau pouvoir, essaient de nous faire avaler ces provocations potaches de poseur comme si c'était le reflet de notre époque. S'il en est ainsi, heureusement qu'il est d'autres tropiques plus résistantes à l'absence de pensée critique, d'autres artistes conscients de leurs responsabilités, ou de leur irresponsabilité ! On mélange tout, Duchamp et ses affligeants avatars, Lacan et les Lacaniens, Godard et les Godardiens... Tous les provocateurs ne portent pas la même charge explosive, tous ne visent pas la même cible.
Certains évoqueront le second degré, mais c'est un concept que j'ai toujours trouvé louche. On ne raille que ce qu'on aime, mais que l'on a du mal à avouer. La culpabilité engendre de tristes monstres.
J'ai regardé jusqu'au bout. Je m'étais déjà forcé lorsque les camarades d'Arcadi m'avaient offert le dvd de Lièvre. Le masochisme est-il de se mettre en scène en recevant des claques ou d'avoir à subir le spectacle et particulièrement ces interprétations complaisantes et insupportables, en particulier pour un musicien (je ne parle pas ici de profession) ? J'avais pourtant adoré le récital de la cantatrice Cathy Berberian où elle s'amuse à chanter faux et pastiche les salons bourgeois avec les incisives. Si la fonction de l'art est d'interroger et que tout m'interroge, alors est-ce que tout est de l'art ? Si c'est le cas, j'opte définitivement pour ce qui est cochon. Au moins c'est cru.