Vue du bus, pèlerinage, éoliennes : Sans le titre, je pourrais croire à un malheur. Des gens qui fuient sur la route, on ne sait pas pourquoi. Cormac McCarthy a écrit une histoire d'un père et son fils qui avancent sur la route dans un monde dévasté.

Arjun Appadurai, anthropologue indo-américain, défend l'idée d'une ère postcoloniale où "l'imagination devient une force sociale" et où la construction identitaire ne dépendrait plus uniquement d'un territoire et de ses représentations culturelles du fait de la globalisation et des flux migratoires. Pour lui, il n'y a plus un dedans et un dehors de l'État-Nation, mais de nouveaux espaces identitaires déterritorialisés.
Ainsi, les migrants, constitués en divers groupes spatialement dispersés, sont liés grâce aux flux véhiculant les images et récits qui nourrissent leur "commun".
Le "travail mental quotidien des gens ordinaires" offre une résistance et est "[...] capable de critiquer l'ordre régnant tout en expérimentant de nouveaux styles de politique identitaire".

L'exposition Terre Natale à La Fondation Cartier présente au sous-sol trois dispositifs à la fois vides de sens et très instructifs.
Une vidéo montre Paul Virilio parler en 3 mn des migrations de masse des peuples les plus démunis, les dits "nomades", tandis que les sédentaires se déplacent en avion derrière leurs laptops et ne foulent que les aéroports, les gares, les non-lieux. Aux riches l'écran, aux pauvres le réel vraiment réel.
Suspendus au plafond, une myriade d'écrans Imac diffusent des images qui semblent connectées à Internet, des images d'actualité, de foules, de guerre, je ne sais plus... C'est jolie. C'est insupportable.
Autre salle, autre dispositif : la planète Terre en 3D tourne dans une salle 360° et délivre un texte au fur et à mesure de sa progression. J'ai l'impression de rentrer dans un cercle où l'on hypnotise les gens. Je ressors aussitôt.

De la science fiction se réalise.