coudre le silence
le fil de la parole
s’en va dans le vent et croit
qu’il va repriser des plis des lèvres
tout ce qui fait un visage
on ne corrige rien
on continue et le temps parfois
pose là ses dents pour
mâcher lentement nos ombres
on pense qu’une petite main
tout à coup organise nos sensations
alors qu’une image enfonce à présent
son écharde qui plus tard fera du pus
à moins que l’oubli ait pourri déjà
le souvenir ou que la vie à la fin
ait usé tous les chemins
ou bien peu à peu vidé la mixture interne


Bernard Noël