La "mise en commun des distances" nomme avec élégance une tentative admirable -- comme le sont toutes les initiatives de Blanchot, Nancy, Agamben entre autres qui s'inspirent de l'Acéphale de Georges Bataille (la revue mais surtout la société secrète visant à créer "la communauté de ceux qui n'ont pas de communauté") -- d'échapper aux pièges du communisme. Sur le plan des idées, ce qu'on appelle le "communautarisme" est postérieur de dix ans aux séminaires de Barthes: pour lui, à l'instar de Bataille, c'est bel et bien de l'échec du projet politique du communisme qu'il s'agissait. Mais, en pratique, à quoi ressemblerait la mise en commun des distances? Les distances sont-elles "mettables en commun"? Et surtout, les mises en commun des distances se laissent-elles mettre en commun comme distances? C'est-à-dire que le dilemme auquel sont venues se heurter ces-dites tentatives ne concerne-t-il pas également l'épiphyte: à savoir comment l'épiphyte s'incorpore lui-même, comment l'épiphyte s'éphiphyte-t-il? "S'incorporer" ce n'est peut-être pas très clair. Pour être plus précis, je me demande comment l'épiphyte s'accueille lui-même. Quel est le mode d'hospitalité, donc de vivre ensemble, de l'épiphyte quand il se trouve, à son tour, hôte -- et notamment hôte d'épiphyte? Je ne parle pas seulement des épiphytes de l'épiphyte, mais d'une mise en commun -- d'un épiphytage -- des épiphytes.

Cette question ne relève pas de la rhétorique mais interroge la cohérence disons logique de l'épiphyte comme vivre ensemble. Elle mérite, me semble-t-il, réflexion.

Mais une autre question me tracasse, d'autant plus fortement que je vois des épiphytes partout (comme le prosaïque Monsieur Jourdain), à savoir comment distinguer l'épiphyte, tel que tu l'entends, de son double? De la structure qui lui ressemble à se méprendre sans pouvoir être qualifié d'"épiphytique"? Tu disais que tout ne peut pas être décrit comme épiphyte -- et je suis entièrement d'accord -- mais comment stabiliser l'usage de ce terme suffisamment pour l'utiliser pour décrire un "vivre ensemble" sans être immédiatement contredit par un avis d'expert qui dit : "non, ça ressemble à un épiphyte, mais ce n'est pas ça"? Il ne s'agit pas de savoir dans l'absolu, mais à peu près. Anton Vidokle l'est-il dans l'épiphytique avec e-flux par rapport au monde de l'art dominant? Paul Robert est-il un épiphytes par rapport aux courses à pied qu'il gagne avant de se dérober? Bernard Brunon en fondant et faisant fonctionner pendant trente ans une entreprise de peinture en bâtiment comme proposition conceptuelle et collective? Toi-même en profitant du temps improductif mais rémunéré dans ton école des beaux arts pour dispenser un tout autre enseignement? Dans chacun de ces exemples, mais à des échelles et dans des circonstances de vie incommensurablement différentes, l'acteur avance masqué -- mais le sont-ils, l'êtes-vous pour autant tous épiphytes?