Une amie m'a récemment envoyé un appel à contributions, Attente / Attentat : les formes de l'attente. Je recopie ici la citation introductive de l'appel à contributions, mais le reste du texte est non moins intéressant :
« L’attente est une des manières privilégiées d’éprouver le pouvoir, et le lien entre le temps et le pouvoir – et il faudrait recenser, et soumettre à l’analyse, toutes les conduites associées à l’exercice d’un pouvoir sur le temps des autres, tant du côté du puissant (renvoyer à plus tard, lanterner, faire attendre, différer, temporiser, surseoir, remettre, arriver en retard, ou, à l’inverse, précipiter, prendre de court) que du côté du « patient », comme on le dit dans l’univers médical, un des lieux par excellence de l’attente anxieuse et impuissante. »
Pierre Bourdieu, « L’être social, le temps et le sens de l’existence », in Méditations pascaliennes, Paris, Seuil-Points, 2003, pp. 328-329.

Cet appel à contributions propose de renverser le point de vue de l'attente, la plupart du temps du côté du pouvoir, pour l'envisager du côté du "patient".
Susciter le désir amoureux en ne donnant plus de nouvelles, arriver en retard, commencer un concert une heure après l'heure affichée, sont autant de petites tactiques à l'œuvre pour avoir l'ascendant sur l'autre. Cela devient pire quand il s'agit d'une politique d'oppression dans le cas des migrants placés dans des centres pour demandeurs d’asile en France.
La temporalité est encore au cœur de nos préoccupations mais elle apparaît avec cet appel à contributions sous un nouveau jour : le temps n'est pas accéléré mais suspendu. Cet intermédiaire produit des moments où l'on peut perdre, dans le cas des migrants, statuts et droits.

Pascal Nicolas-Le Strat est politiste sociologue et publie sur son site le-commun.fr l'intégralité de sa recherche au lieu de la publier sous forme d'articles dans des revues spécialisées et reconnues par ses pairs. Outre le fait de nous offrir généreusement l'avancée de sa recherche en train de se faire, il contourne de manière libérée le système institutionnel qui n'attribue de la valeur qu'aux articles publiés dans des revues labellisées. Son geste est double : il nous donne accès à une pensée en la faisant circuler sur Internet tout en résistant à l'injonction institutionnelle.