Il me semble qu’au contraire l’article explique les différences notables entre conversation et exposition et va dans le sens de ce que tu dis tout en tissant de multiples et subtiles liens et en croisant différents artistes qu’on a peu l’habitude de voir ensemble et en mettant en lumière des manières de converser.

Dans La fin de la solitude,William Deresiewicz émet l’hypothèse qu’Internet suscite une connexion permanente et une impossible solitude (ou isolement). L’internaute est incité à manifester sa présence en réagissant face aux multiples signaux qui émanent de ses terminaux. On ne compte plus le nombre de messages écrits et oraux qu’il reçoit et envoie chaque jour.

Il devient un être hypercommuniquant dont le comportement serait à rapprocher des insectes membracides d’Amazonie. Ces membracides, insectes qui font vibrer les plantes se servent de leurs excroissances pour percevoir les messages, Danièle Boone expliquent qu'ils “échangent sans cesse des signaux avec les autres individus en permanente interaction avec leur milieu, mais la multitude des signaux échangés à des distance variables produit aussi une rumeur ambiante dont le signal pourrait être brouillé ou se brouiller. “



Le demi-diable Centrotus cornutus in copula...(photo P.Falatico)

Comme l’explique William Deresiewicz si l’appareil photo et la caméra suscitent un culte de la célébrité, l’ordinateur et la numérisation ont lancé le culte de la connexion généralisée des choses et des êtres, “la grande terreur contemporaine serait d’être anonyme. […] Nous ne vivons que dans notre relation aux autres, et la solitude ou l’idée de solitude disparait progressivement de nos vies.” Est-ce que la fin de l’isolement provoque l’absence de conditions pour faire émerger une pensée ? Ou une activité de réflexion ou de méditation ? Dans ce contexte, comment percevoir une œuvre ? L’œuvre nécessite une attention de la part du spectateur. Celui-ci, de la caverne platonicienne aux fantasmagories en passant par le théâtre, le cinématographe et la télévision, a développé des systèmes où les œuvres s’observent dans un dispositif d‘attention et de perception particulière.
Tout ça pour dire, que le tout communicationnel génère une forme d'art, qui procède d'impulsions/réactions, de vibrations communicationnelles. Un art qui se voit comme les hits, les meilleurs chansons. Il suscite des réactions et provoque de nombreux textes sur les blogs. Loin du silence de la grotte caverneuse, cet art sert de communication, et on pourrait le qualifier d'art membracide. Dans ce registre, je classerais la vidéo très célèbre Surprised Kitty dans la catégorie de l'utra membracide.