Pour Alain Cavalier, je suis en quelque sorte, même si nous ne nous sommes jamais rencontrés, une de ses élèves. Il fut lui-même, je crois, élève de Vermeer...
Moi-aussi pendant ce voyage je pense à certains des films des 24 portraits. Par exemple, en regardant la jolie couronne de lauriers qui coiffe la jeune fille dans L'atelier du peintre à Vienne, je pensais à celui des films consacré à l'Orangère, cette dame charmante dont malheureusement j'ai oublié le nom, qui a pour métier de fabriquer des couronnes et des décorations de fleurs de papier qu'on trempe dans la cire pour les consolider. On la voit faire – son habileté, les gestes délicats de ses doigts, et en même temps qu'elle est filmée, elle dit avec un sourire de jeune fille des choses très belles sur le fait qu'elle n'a pas peur de la solitude, pas du tout, qu'elle aime aller au cinéma et qu'elle est contente d'avoir consacré sa vie à fabriquer des choses destinées à contribuer au bonheur des gens.
Quant à l'idée d'exposer les plus belles peintures dans les intérieurs de chacun (ce qui était la fonction de la plupart des peintures hollandaises au XVIIème siècle), je ne propose pas une réforme, mais, dans un monde où pour tant de choses on essaie de nous faire croire que c'est comme ça et qu'il n'y a pas le choix, je trouve utile de même simplement rêver que ce pourrait être autrement.
A la soirée que tu évoques où Françoise Romand montre ses films chez des particuliers, je réponds par une expérience qu'a faite dans mon village une certaine Isabelle qui, bien qu'elle soit férue de cinéma, ne travaille pas dans le développement culturel mais à la cantine scolaire. Lors de ce qui s'appelle je crois, les 24 heures du court-métrage, elle a montré, à partir d'un choix médité, dans différents lieux stratégiques du village les films qu'elle avait envie de faire partager: chez le coiffeur, à l'épicerie, à la bibliothèque, au café... Elle se déplaçait d'endroit en endroit selon un programme annoncé à l'avance et elle accompagnait chacun des films qu'elle présentait.
Je t'écris ce soir depuis la belle ville de Dresde sous son ciel d'orage, dont on ne peut contempler les édifices monumentaux et parcourir les espaces immenses, vivants, animés, sans penser qu'en février 1945 elle fut presque complètement détruite sous 3900 tonnes de bombes. Curieusement la brochure touristique de ma chambre d'hôtel n'en parle pas.