Je regarde la photo de ton dernier billet et tout de suite elle s'associe au tableau dit Dame buvant du vin que j'ai vu à Berlin.
Immédiatement, ce qui m'a frappée, en même temps que je m'émerveillais, forcément, des variations colorées pour rendre la lumière arrivant à la fois par la fenêtre vitrail entr'ouverte, par une fenêtre plus haut qu'on ne voit pas, et par une fenêtre plus au fond cachée d'un rideau bleu, ce qui m'a frappée dès que j'ai commencé à regarder ce tableau, c'est la rencontre du sol et du mur derrière la femme. Pas la prise internet bien sûr, mais l'arrivée, à toute vitesse, de cette perspective de tommettes fascinantes par la précision de leur usure et de leurs irrégularités contre ce mur où aucune plinthe ne les arrête. Le mur lui-même est une surface modulant délicatement la lumière mais il ne parvient pas à lui tout seul à arrêter le damier qui s'enfuit à droite. Il manque là quelque chose et le cadre ne suffit pas à nous faire croire que l'espace s'arrête.


Je ne sais pas ce qu'il faut en déduire. A l'opposé de cette échappée il y la femme enfonçant son visage dans son verre comme si c'était un masque, le contraire en somme. Mais quel que soit le sens que l'on puisse trouver à cette oppostion, ce que montre aussi le tableau, c'est qu'il y a du mystère dans les intérieurs, pas seulement des meubles et des objets qui « meublent », mais des rencontres de murs et de sol, des arrivées de lumière, des angles, des phénomènes à chaque fois spécifiques à un lieu, qui en font la force et recèlent leur étrangeté. Chaque fois qe l'on a affaire à un lieu, il a son existence propre et énigmatique, qui n'est pas seulement faite de son histoire et de ses composantes matérielles mais d'un indicible mélange de tout cela qu'on peut sentir mais moins facilement décrire. Quand on arrive dans un nouvel endroit pour vivre il y a cette singularité qui essaie de se faire oublier derrière le fonctionnel, mais je crois qu'on doit y être attentif...