Quand on allume la télévision dans la chambre 102 de l'hôtel Lloyd à Amsterdam, on tombe en premier lieu sur un court film, une vidéo, dont je n'ai pas compris le statut d'abord car j'ai cru à un programme de télévision comme un autre, alors que passant en boucle cette vidéo doit tenir lieu de quelque chose comme un fond d'écran.
Pendant quelques minutes, tout en fredonnant sur fond de percussions discrètes, une jeune femme, avec des gestes ralentis et qui se veulent je pense voluptueux, astique un intérieur blanc et lumineux, assez vide, où on ne perçoit pas le moindre grain de poussière. D'abord on voit en gros plan les plumes de casoar d'un long plumeau, puis une suite de plans où, à genoux, debout sur un lit, penchée sur une fenêtre, avec des brosses douces, des balais, des éponges, cette femme nettoie et époussette ; elle caresse même de ses chiffons deux personnages immobiles... Dans une galerie d'art on ne ferait sans doute pas très attention, là c'est étrange de se retrouver avec de telles images dans une chambre d'hôtel qui ressemble au décor filmé. Je n'ai encore interrogé personne sur la présence de cette vidéo mais, passant mes journées à contempler en peinture des intérieurs hollandais du XVIIe siècle parfaitement briqués et présentés au summum de leur éclat, je ne peux m'empêcher de voir ce choix comme une sorte de prolongation de ces préoccupations outrancièrement domestiques.
Pour ma part, je n'ai pas une grande passion pour le ménage, mais il m'est arrivé, comme à tout le monde sans doute, en nettoyant, de sentir que cette activité pourrait ne jamais avoir de fin et absorber définitivement mon temps. De percevoir, en nettoyant les sols, les objets, les carreaux, une sorte d'invitation à ne plus se consacrer qu'à cela - une vie entièrement occupée à rendre un petit bout de monde plus propre, plus luisant, plus doux, plus net...
Dans le tableau de Vermeer dit La lettre d'amour que je regardais hier au Rijkmuseum, servante et maîtresse échangent un regard complice autour d'une lettre dont le spectateur ne saura rien. Il est pour se consoler invité à poser les yeux sur la pièce luxueuse et pas rangée dans laquelle sont méticuleusement décrits une corbeille à linge qui traine, un coussin par terre, un balai et des socques qui encombrent l'entrée – une vraie atmosphère du matin dans une maison où on ouvre portes et fenêtres pour faire entrer l'air, où on ne craint pas de faire bouger les choses en l'honneur de cette unité de temps très respectable qu'est la journée qui commence.
Non, moi je ne trouve pas que les intérieurs de Vermeer soient confinés, au contraire.