Tchatchhh est une conversation à deux. Elle emprunte la forme écrite mais peut s'entendre comme une parole qui se construit en même temps qu'elle se produit. Elle est percée de bruits, de commentaires laissés par les lecteurs et, d'un motif à l'autre, au fil des mots, des images et des sons, elle demeure ouverte, dépossédant en quelque sorte les protagonistes de leurs prérogatives de départ. L'un et l'autre s'impliquent dans la conversation en acceptant de ne pas maîtriser le cours des choses. La conversation n'appartient à aucun des deux, elle déploie des pensées sur le terrain de la réciprocité sans nécessairement parvenir à un accord final.
De 2008 à 2012, j'ai invité des personnes à faire l'expérience d'une conversation sans savoir par avance qu'elle en était la teneur.
Depuis le voyage Vermeer de Christine Lapostolle, auquel j'ai pris part du 8 juillet au 27 août 2012, les conversations ont désormais un objet commun formulé au début de chacune d'elles. Exposé aux détours et errances de l'échange, ce point de départ est à même d'emprunter d'autres chemins que l'on ne peut pas percevoir au commencement d'une conversation, par définition sujette aux variations.

dimanche 26 août 2012

Suite et fin ?



Locmariaquer, c'est drôle, c'est là que j'étais allée pour relire les épreuves de mon livre Les Paroles s'envolent. C'était il y a plus de 15 ans, je n'y avais pas vu de librairie. J'avais une toute petite chambre donnant sur la mer, presque seulement un lit, et j'avais l'impression d'être sur un bateau. Et puis je me souviens d'un couple sans doute illégitime qui mangeait des huîtres au petit déjeuner...

A propos de lectures, j'ai voyagé tout l'été en compagnonnage étroit avec quelques livres qui ont forcément teinté un peu mes relations avec Vermeer. Il y avait (c'est drôle je parle déjà au passé alors que je suis encore à Washington) – des textes courts de jeunesse de Robert Walser que j'ai surtout lus au début du voyage comme des moments de contemplation/méditation sur des choses simples comparables à ce que fait Vermeer. C'est un peu pareil pour Soseki – d'abord Une journée de début d'automne, où une des nouvelles autour d'un moineau en cage fait parties des plus belles choses que j'ai jamais lues, et maintenant Je suis un chat. Ce sont des écrivains parallèles à Vermeer.
Je ne raffole pas de Modiano mais je suis tombée sur L'horizon dans une librairie de Berlin et j'ai eu plaisir à le lire: l'espace laissé au lecteur ressemblait à celui que me donnait Berlin dans mes journées à ce moment-là.
Enfin j'ai rencontré les livres de Kurt Vonnegut. D'abord Slaughterhouse 5 dont l'objet central si on peut dire est le bombardement de Dresde, et en ce moment Breakfast of Champions que j'admire tout autant. La liberté, la vitalité violente, drôle et caustique, les dessins, une façon d'intervenir en plein milieu des personnages pour commenter, critiquer ce qu'il est en train d'inventer, pour dire que rien n'est inventé et que les chaussettes qu'il prête à tel personnage sont celles de son beau-père... Je suis loin de cette écriture (malheureusement !) mais j'espère que dans sa liberté formelle elle va m'inspirer pour Vermeer.

Tout en étant très occupée par Vermeer, j'ai senti que tous ces livres m'imprégnaient fortement. Je ne sais vraiment pas ce que je vais faire, quelle forme je peux donner à cette expérience, j'ai l'impression d'avoir vraiment vu Vermeer, de savoir intimement ce qu'il fabrique, mais ce ne sont pas les mots de l'histoire de l'art qui vont pouvoir me servir à raconter ça, les descriptions que j'ai faites ne valent que pour l'expérience du moment... enfin on verra.
J'ai des photos, sans qualité, mais qui ont un certain sens par rapport à ce que j'ai fait et vu. J'aimerais peut-être proposer au Tigre de m'ouvrir pendant quelque mois une rubrique Vermeer, pas pour raconter mon voyage mais pour continuer sur la lancée de ce que j'y ai trouvé... Les autres medias, tu sais, ça m'intimide, je n'ai aucune habileté dès qu'il s'agit de faire avec autre chose que les mots, et c'est alourdissant et agaçant.

Je ne sais pas si c'est notre dernier échange. Peut-être que si tu te dépêches de me répondre, on a encore le temps de faire un va et vient. Sinon au revoir blog de Karine – et à bientôt.

jeudi 23 août 2012

Chère Christine,

je t'écris depuis Locmariaquer, un bourg situé dans le Golfe du Morbhian où je me balade en ce moment. Reçois ce billet à la manière d'une carte postale que je vais essayer de te faire parvenir malgré une connexion Internet inexistante. Ces lignes seront certainement publiées en différé.

A Locmariaquer, une librairie récemment ouverte vend déjà les nouveautés de la rentrée littéraire.
Je sais que ce genre d'événement te laisse indifférente et je te rejoins.
Seulement, la couverture de Libé montre aujourd'hui des images de la série "Aimer lire" de Jean-Philippe Toussaint, et, plus loin dans ses pages, le journal met en avant La théorie de l'information, roman d'Aurélien Bellanger.
J'ai acheté le roman, curieuse de lire un livre se nourrissant d'Internet et du Web 2.0. Selon l'interview, l'auteur s'est largement servi de Wikipedia, peut-être pas comme Houellebecq, accusé de plagiat parce qu'il a recopié des passages de Wikipedia sans se soucier de les maquiller un peu, mais comme un compagnon d'écriture, un peu à la manière de ceux qui pratiquent le fact-checking, c'est à dire ceux qui vérifient, smartphone à la main, tel ou tel détail.

Je repensais à ce que tu écrivais dans un précédent billet t'interrogeant sur la finalité de ton voyage Vermeer. Est-ce qu'il sera l'occasion d'un livre ? Un livre au sens classique, prenant la forme du codex, ou un livre sur d'autres supports ?
Bien entendu, on peut se poser la question de la persistance du mot, est-ce toujours un livre dès lors que le texte quitte les pages reliées et s'accompagne d'autres médias ?

François Bon effraie le libraire de Locmariaquer, pour finalement concéder en fin de discussion qu'Amazon est beaucoup plus dangereux qu'un seul écrivain prêchant le livre numérique (et publiant quand même des livres !).

Jean-Philippe Toussaint n'arrive pas comme un cheveu sur la soupe, il illustre le Libé consacré à la rentrée littéraire avec des images de jeunes gens en situation de lecture, livres en mains et en extension dans les airs, dans un paysage marin comme toile de fond. Les images sont franchement peu convaincantes, inutile d'en dire davantage. J'ai été frappée cependant par la correspondance, évidemment fortuite, qu'il y a entre ces images et celles de Duo pour 13 mots et un paysage. Dans ce film fait ensemble, la littérature traverse un paysage ouvert sur l'océan et tu y figures au premier plan.

Une gravure est réussie quand elle s'approche d'une sorte d'écriture très libre et rapide, où n'est exprimée qu'une seule idée à la fois comme dans une conversation.
Jean-Pierre Pincemin

Je n'ai aucune admiration particulière pour cet artiste, mais la phrase me paraît de circonstance. A débattre.

dimanche 19 août 2012

All the Vermeers in New York



Je crois que ce qui est complexe avec l'écriture, avec les mots, c'est que, comme tu disais (écriture comme moyen d'enregistrement de la réalité), ils peuvent, peut-être encore plus que l'image filmique ou photographique, prétendre à l'approche maximale d'un objet, d'une situation, à une sorte de précision qui n'en finit pas. Et que ce pouvoir pourtant ne comporte pour le lecteur aucune garantie de rapport de vérité avec quelque chose qui existe: on peut tout inventer. Ou plutôt, on ne peut pas inventer grand chose mais on peut à l'infini brasser, faire varier, jouer avec des données d'autant plus trompeuses qu'elles sont forgées sur l'observation et l'enregistrement de ce qu'on voit et perçoit. Il y a dans ce qui fait écrire ou fabriquer des images, ce fantôme, ce fantasme, de la restitution d'une réalité qui n'aurait pas encore été rendue aussi bien qu'on le fait.
Dans le genre d'écriture que je pratique, c'est dans le même mouvement, dans la même attention, que se pointe, comme une petite soeur indisciplinée, ce qui relève de la fiction. Alors on est en train de décrire avec une exigence de précision maximale, le nez sur « la réalité », mais les mots, la possibilité de fantaisie qui est comme leur ombre, vous tirent vers une autre exploration. Et on y va parce qu'on sait que ce pas de côté fournira des éléments d'éclairage sur ce qu'on cherche qu'on n'aura pas si on reste tout raide et bien droit à faire sa description...
Je lisais ce matin à propos de l'utilisation par Vermeer de la camera obscura, qu'on ne sait toujours pas pourquoi, s'il recherchait avec cet instrument une fidélité photographique, il a reproduit et non pas corrigé certains points blancs de lumière que fait naître sur les objets l'imprécision de la lentille, ou, comme aujourd'hui avec la photo, un mauvais contrôle de la source de lumière. Et on s'étonne aussi du fait qu'il ait dans certains cas, (dans la Vue de Delft ou La Laitière, c'est frappant) rajouté de ces points de lumière selon une logique qui ne relève plus de la camera obscura... Moi ça ne m'étonne pas du tout ! C'est ça être emporté dans quelque chose qu'on voit, c'est se retrouver tout d'un coup, au-delà de la méthode qu'on avait bricolé pour décrire, sur un terrain qui vous donne des libertés spécifiques issues de cette méthode.

jeudi 16 août 2012

Economie de moyens

Te voilà donc en Amérique.
On peut te suivre grâce aux tableaux que tu sèmes en illustration de tes billets.
Je me demande si jamais j'ai eu une méthode. Comme toi, je ne réfléchis pas à la méthode avant d'aborder un projet. La "méthode" se construit en même temps que le projet et se réajuste si ça ne va pas. Parfois, il est nécessaire de revoir la "méthode" et de tout recommencer.
La masse de descriptions que tu récoltes ne charge pas les textes de notre conversation, ni ceux que tu écris pour Libé. J'ai plutôt l'impression que tu tentes de décrocher et que tu cherches des ouvertures en citant Proust, ou comme cette très belle image de Maria faisant mine de pianoter sur un ordinateur, jusque là imprévue dans l'histoire de Vermeer, téléportée à l'époque du tableau d'une jeune femme au virginal.
Décrire te permet de regarder, de rentrer dans la matière du tableau, mais la description est aussi au premier plan dans tes écrits, plusieurs de tes textes comportent des descriptions ou sont des descriptions.
La fiabilité de l'écriture n'est en fait pas une chose très sérieuse ! Nombre de délateurs ont dû inventer des bobards pour se débarrasser de personnes qu'ils jugeaient gênantes, sans compter la somme de canulars et d'impostures commis par la littérature.
Ce qui me semble plus juste, c'est la légerté de l'appareillage. Un stylo et un siège dans le meilleur des cas suffisent. Économie de moyens qui dénote avec la lourdeur de certaines productions même s'il ne s'agit pas du même champ d'activité - bien qu'il y ait des artistes plasticiens qui utilisent l'écrit comme moyen et fin de leur travail.
Quand je converse avec quelqu'un sur tchatchhh, l'écrit tient une place centrale, mais il ne s'agit pas d'écrire. Il s'agit par tous les moyens de rencontrer quelqu'un avec ce que toute "relation" comporte comme accord ou désaccord. Même s'il peut être imposant de penser à ce que l'autre a posté, parce qu'on y pense plusieurs jours d'affilés, j'aime l'immatérialité de la rencontre, là aussi affaire de légerté.

mardi 14 août 2012

Ecrire Voir



Alors je vais te dévoiler ma méthode! Je ne suis pas partie avec, elle s'est mise en place devant les tableaux.
Je me suis aperçue que le meilleur moyen pour moi de regarder, de regarder vraiment ces tableaux était de les décrire. De les décrire le plus précisément, le plus bêtement possible, sans grille ou plan préparé, de m'abandonner à ce dans quoi m'emportait leur description. Je suis devant un tableau, assise si le musée a bien voulu me prêter un siège, debout sinon au milieu des gens. J'ai un petit carnet, et je note. Pendant des heures. L'idée est de noter tout ce que je vois. Non pas d'interpréter, de trouver des choses intelligentes à dire – simplement de regarder et noter.
Je compare cette activité au fait d'apprendre par coeur un texte qu'on aime: on le fait entrer en soi. On sait qu'ensuite il est là, on peut l'appeler, le faire revenir, y penser de manière tout à fait différente de celle selon laquelle on pense à un texte qu'on a sous les yeux. Evidemment sur le moment, c'est assez ingrat. On se tient mal, on écrit mal. Et cela n'a rien d'élégant d'être là à gratter du papier. Le résultat n'est pas séduisant non plus: une suite de notes pas du tout méditées dont je ne ferai probablement rien. Voici un extrait au hasard pour te donner une idée:
...les points blancs du collier - un petit point blanc sur un point gris clair plus grand par perle, le zigzag des perles dans les cheveux (points plus petits, le gris dessous en continu), la boucle d'oreille ovale, assez grosse, gris teinté du rose/mauve de la peau dessous, un pas tout à fait triangle blanc pour la lumière. On dirait, ce n'est pas sûr, que s'y reflète légèrement la croisée d'une fenêtre. La peau de la femme est assez rose, plus clair/mauve sur le cou et sur l'avant-bras droit. Le plus rose la joue. Pas de points blancs sur les ongles marqués sur la main gauche par un éclaircissement de couleur léger... » - et on est sans arrêt embêté par le fait que les mots ne disent pas ce qu'on voit.
Donc quand tu parles de l'écriture comme moyen d'enregistrement de base, je suis d'accord. Plus fiable, moins fiable, c'est-à-mon avis une affaire de personne et de situation.
Parfois je pense au livre dans lequel peut-être je me lancerai en revenant de ce voyage. Je voudrais y mettre tellement de choses, tellement de formes à la fois que je ne vois pas à quoi il pourrait ressembler. Peut-être qu'il ne faudra pas relier les pages, peut-être que ce sera un de ces fameux sites ou livre électronique dont on a souvent parlé ensemble, peut-être que je n'arriverai à rien... et qu'il ne me restera dans quelques année que la trace d'une longue rêverie autour de Vermeer un été où j'avais du temps pour ça. C'est compliqué ces choses-là, ces réglages entre le maitrisé et l'intuitif, c'est ambitieux de croire qu'on peut encore trouver des formes, surtout quand on part du travail de quelqu'un qui n'a fait que pousser à la perfection une forme qu'il n'a pas du tout remise en question...

samedi 11 août 2012

Ecrire sous influence




Tu évoques la vision comme moyen de contrôle, comme les caméras installées dans les panneaux publicitaires high-tech du métro utilisées par la RATP pour analyser nos déplacements.
Mais l'écriture a tenu une place importante avant l'apparition de la photographie pour signaler les personnes dont le comportement semblait suspect. Bien après l'invention de la photographie, le signalement écrit était encore considéré par les instances publiques plus fiable que l'image.
L'écriture est un moyen d'enregistrement de la réalité plus discret et moins ostentatoire qu'une caméra braquée alentour.
Peut-être même que l'écriture a toujours été le moyen le plus performant qu'il soit pour nous ficher et observer ce que nous sommes en train de faire.
What are you doing right now ?
L'image parle, les photos et vidéos postées sur le web sont autant de témoignages de moments vécus. Nous écrivons avec des mots ou des images et il est parfois plus simple d'enregistrer ce qui est là en dégainant un téléphone. Les récits de soi sont assez répandus sur le web. Personne ne nous y incite, mais pourtant nous y prenons part d'une manière ou d'une autre, nous laissons des traces de notre passage.
Facebook fait le prélèvement quotidien de nos humeurs en vue de les monnayer à quelques marchands.
La voix disparaît au profit de l'écrit qui s'impose par flux: tweets, sms et autres messages instantanés en 140 caractères. L'écrit efficace.
En regardant les tableaux de Vermeer, je découvre une peinture assez proche de ton écriture. Descriptive, contemplative, détachée, avec quelque chose de travers, dissonant mais en sourdine.
Le dispositif d'écriture que tu expérimentes pour approcher Vermeer semble par contre bien loin des préoccupations du peintre. Tu déplaces ton écriture dans la conversation que nous avons et tu te déplaces physiquement dans le voyage que tu lui consacres. La mobilité ne semble pas essentielle pour Vermeer, même s'il dispose dans sa peinture des objets évoquant le voyage, tout est rapporté au cadre qu'il dessine comme le cabinet de curiosité d'un collectionneur. Une autre boîte à regarder ?

mardi 7 août 2012

Aux Jeux Olympiques



A la National Gallery de Londres, dans une salle où se trouvent aussi deux tableaux de Vermeer (La jeune fille debout à son virginal, et La Joueuse de guitare), est présenté un peepshow du XVIIème siècle qui enchante les visiteurs.
Cette boîte à regarder par le trou de la serrure fut construite par le peintre Samuel van Hoogstraten, artiste du trompe l'oeil et des intérieurs dans lesquels le regard pénètre. La pratique de cet objet fut en vogue chez les peintres hollandais au XVIIème siècle, il en reste aujourd'hui une demi-douzaine d'exemplaires.
Il s'agit d'une boîte en bois dont un des grands côtés a été remplacé par un transparent et dont les deux petits côtés portent chacun en haut un petit trou par lequel on regarde. A l'intérieur toutes les faces sont peintes pour recréer l'image d'une habitation, dallage, plafond, murs, portes et fenêtres qui s'ouvrent sur des pièces avec personnages et meubles. Certains des éléments représentés obéissent à la technique de l'anamorphose, si bien que quand on regarde du côté de l'écran transparent on n'est pas dans l'illusion, on voit comment c'est fait. Les choses se rétablissent selon une logique illusionniste quand on regarde par un des deux oculi. On voit alors en trois dimensions un de ces intérieurs comme dans les peintures de Peter de Hooch ou La lettre d'amour de Vermeer: des pièces s'ouvrent sur d'autres pièces et nous avons la sensation de traverser la maison du regard, nous sommes la caméra de surveillance. Il n'y a rien de scabreux à voir dans ces intérieurs qui montrent la vie tranquille. Mais il suffit de constater l'enthousiame avec lequel petits et grands se livrent à l'expérience de cet innocent peepshow pour se dire que le plaisir réside largement autant dans le fait de regarder de cette manière que dans le contenu de l'observation.
Nos caméras de surveillance ont transformé l'activité coquine de regarder par le trou de la serrure en un système de protection sécuritaire et dépersonnalisé. Nous sommes maintenant tellement habitués à la présence de ces caméras que nous ne nous sentons même plus regardés.
Aujourd'hui, à Hyde Park Corner, nous avons fait en quelque sorte l'expérience inverse. Nous sommes arrivées sans l'avoir calculé au moment d'une épreuve olympique de cyclisme et nous nous sommes pressées dans la foule contre les barrières pour voir le spectacle, annoncé, vanté, le grand spectacle pour lequel on s'était déplacé: presque rien, un petit peloton qui passe et repasse, et puis la vision et la joie d'être là au milieu de tous ces autres qui comme nous regardent et se regardent...

vendredi 3 août 2012

Voyeur



Au-delà de l'image que nous voyons dans La lettre d'amour, il y a l'image que nous imaginons. Même si elle nous paraît banale et/ou innocente, il y a derrière cette apparente banalité, une autre image qui est largement suggérée par Vermeer. Quelqu'un qui épie, dis-tu, je dirais quelqu'un qui mâte.
Vermeer et/ou un homme derrière le rideau, je n'arrive pas à me représenter une femme. Peut-être une tierce personne entre le peintre et le spectateur qui pourrait se substituer au narrateur ?
A l'exception de L’astronome et du Géographe, Vermeer n'a peint que des sujets féminins. Beaucoup vaquent à leur occupation comme si elles ne prenaient pas part à l'action dont elles sont pourtant les protagonistes. Elles n'agissent pas pour le compte du tableau, elles sont en dehors de ce qui se trame. Mon attention est constamment détournée par le dispositif mis en place par Vermeer, il se passe autre chose ailleurs, en hors-champ. Ton Vermeer en photographe est très crédible !
Voyeur, publié en 1994, est le titre du livre d'Hans-Peter Feldmann, composé uniquement d'images empruntées à la presse, le livre n'offre aucun texte.
En mêlant différentes images dont nous arrivons plus à hiérarchiser l'intérêt, l'artiste nous met dans une position de regardeur au rabais, un consommateur d'images condamné au voyeurisme.
Les dispositifs de vision de Feldmann et Vermeer ne sont pas comparables, mais ils mettent tous deux en jeu le regard en l'interrogeant selon leur contemporanéité propre.
Celui de Vermeer m'est un peu plus opaque.