A la National Gallery de Londres, dans une salle où se trouvent aussi deux tableaux de Vermeer (La jeune fille debout à son virginal, et La Joueuse de guitare), est présenté un peepshow du XVIIème siècle qui enchante les visiteurs.
Cette boîte à regarder par le trou de la serrure fut construite par le peintre Samuel van Hoogstraten, artiste du trompe l'oeil et des intérieurs dans lesquels le regard pénètre. La pratique de cet objet fut en vogue chez les peintres hollandais au XVIIème siècle, il en reste aujourd'hui une demi-douzaine d'exemplaires.
Il s'agit d'une boîte en bois dont un des grands côtés a été remplacé par un transparent et dont les deux petits côtés portent chacun en haut un petit trou par lequel on regarde. A l'intérieur toutes les faces sont peintes pour recréer l'image d'une habitation, dallage, plafond, murs, portes et fenêtres qui s'ouvrent sur des pièces avec personnages et meubles. Certains des éléments représentés obéissent à la technique de l'anamorphose, si bien que quand on regarde du côté de l'écran transparent on n'est pas dans l'illusion, on voit comment c'est fait. Les choses se rétablissent selon une logique illusionniste quand on regarde par un des deux oculi. On voit alors en trois dimensions un de ces intérieurs comme dans les peintures de Peter de Hooch ou La lettre d'amour de Vermeer: des pièces s'ouvrent sur d'autres pièces et nous avons la sensation de traverser la maison du regard, nous sommes la caméra de surveillance. Il n'y a rien de scabreux à voir dans ces intérieurs qui montrent la vie tranquille. Mais il suffit de constater l'enthousiame avec lequel petits et grands se livrent à l'expérience de cet innocent peepshow pour se dire que le plaisir réside largement autant dans le fait de regarder de cette manière que dans le contenu de l'observation.
Nos caméras de surveillance ont transformé l'activité coquine de regarder par le trou de la serrure en un système de protection sécuritaire et dépersonnalisé. Nous sommes maintenant tellement habitués à la présence de ces caméras que nous ne nous sentons même plus regardés.
Aujourd'hui, à Hyde Park Corner, nous avons fait en quelque sorte l'expérience inverse. Nous sommes arrivées sans l'avoir calculé au moment d'une épreuve olympique de cyclisme et nous nous sommes pressées dans la foule contre les barrières pour voir le spectacle, annoncé, vanté, le grand spectacle pour lequel on s'était déplacé: presque rien, un petit peloton qui passe et repasse, et puis la vision et la joie d'être là au milieu de tous ces autres qui comme nous regardent et se regardent...