Te voilà donc en Amérique.
On peut te suivre grâce aux tableaux que tu sèmes en illustration de tes billets.
Je me demande si jamais j'ai eu une méthode. Comme toi, je ne réfléchis pas à la méthode avant d'aborder un projet. La "méthode" se construit en même temps que le projet et se réajuste si ça ne va pas. Parfois, il est nécessaire de revoir la "méthode" et de tout recommencer.
La masse de descriptions que tu récoltes ne charge pas les textes de notre conversation, ni ceux que tu écris pour Libé. J'ai plutôt l'impression que tu tentes de décrocher et que tu cherches des ouvertures en citant Proust, ou comme cette très belle image de Maria faisant mine de pianoter sur un ordinateur, jusque là imprévue dans l'histoire de Vermeer, téléportée à l'époque du tableau d'une jeune femme au virginal.
Décrire te permet de regarder, de rentrer dans la matière du tableau, mais la description est aussi au premier plan dans tes écrits, plusieurs de tes textes comportent des descriptions ou sont des descriptions.
La fiabilité de l'écriture n'est en fait pas une chose très sérieuse ! Nombre de délateurs ont dû inventer des bobards pour se débarrasser de personnes qu'ils jugeaient gênantes, sans compter la somme de canulars et d'impostures commis par la littérature.
Ce qui me semble plus juste, c'est la légerté de l'appareillage. Un stylo et un siège dans le meilleur des cas suffisent. Économie de moyens qui dénote avec la lourdeur de certaines productions même s'il ne s'agit pas du même champ d'activité - bien qu'il y ait des artistes plasticiens qui utilisent l'écrit comme moyen et fin de leur travail.
Quand je converse avec quelqu'un sur tchatchhh, l'écrit tient une place centrale, mais il ne s'agit pas d'écrire. Il s'agit par tous les moyens de rencontrer quelqu'un avec ce que toute "relation" comporte comme accord ou désaccord. Même s'il peut être imposant de penser à ce que l'autre a posté, parce qu'on y pense plusieurs jours d'affilés, j'aime l'immatérialité de la rencontre, là aussi affaire de légerté.