je t'écris depuis Locmariaquer, un bourg situé dans le Golfe du Morbhian où je me balade en ce moment. Reçois ce billet à la manière d'une carte postale que je vais essayer de te faire parvenir malgré une connexion Internet inexistante. Ces lignes seront certainement publiées en différé.

A Locmariaquer, une librairie récemment ouverte vend déjà les nouveautés de la rentrée littéraire.
Je sais que ce genre d'événement te laisse indifférente et je te rejoins.
Seulement, la couverture de Libé montre aujourd'hui des images de la série "Aimer lire" de Jean-Philippe Toussaint, et, plus loin dans ses pages, le journal met en avant La théorie de l'information, roman d'Aurélien Bellanger.
J'ai acheté le roman, curieuse de lire un livre se nourrissant d'Internet et du Web 2.0. Selon l'interview, l'auteur s'est largement servi de Wikipedia, peut-être pas comme Houellebecq, accusé de plagiat parce qu'il a recopié des passages de Wikipedia sans se soucier de les maquiller un peu, mais comme un compagnon d'écriture, un peu à la manière de ceux qui pratiquent le fact-checking, c'est à dire ceux qui vérifient, smartphone à la main, tel ou tel détail.

Je repensais à ce que tu écrivais dans un précédent billet t'interrogeant sur la finalité de ton voyage Vermeer. Est-ce qu'il sera l'occasion d'un livre ? Un livre au sens classique, prenant la forme du codex, ou un livre sur d'autres supports ?
Bien entendu, on peut se poser la question de la persistance du mot, est-ce toujours un livre dès lors que le texte quitte les pages reliées et s'accompagne d'autres médias ?

François Bon effraie le libraire de Locmariaquer, pour finalement concéder en fin de discussion qu'Amazon est beaucoup plus dangereux qu'un seul écrivain prêchant le livre numérique (et publiant quand même des livres !).

Jean-Philippe Toussaint n'arrive pas comme un cheveu sur la soupe, il illustre le Libé consacré à la rentrée littéraire avec des images de jeunes gens en situation de lecture, livres en mains et en extension dans les airs, dans un paysage marin comme toile de fond. Les images sont franchement peu convaincantes, inutile d'en dire davantage. J'ai été frappée cependant par la correspondance, évidemment fortuite, qu'il y a entre ces images et celles de Duo pour 13 mots et un paysage. Dans ce film fait ensemble, la littérature traverse un paysage ouvert sur l'océan et tu y figures au premier plan.

Une gravure est réussie quand elle s'approche d'une sorte d'écriture très libre et rapide, où n'est exprimée qu'une seule idée à la fois comme dans une conversation.
Jean-Pierre Pincemin

Je n'ai aucune admiration particulière pour cet artiste, mais la phrase me paraît de circonstance. A débattre.