Locmariaquer, c'est drôle, c'est là que j'étais allée pour relire les épreuves de mon livre Les Paroles s'envolent. C'était il y a plus de 15 ans, je n'y avais pas vu de librairie. J'avais une toute petite chambre donnant sur la mer, presque seulement un lit, et j'avais l'impression d'être sur un bateau. Et puis je me souviens d'un couple sans doute illégitime qui mangeait des huîtres au petit déjeuner...

A propos de lectures, j'ai voyagé tout l'été en compagnonnage étroit avec quelques livres qui ont forcément teinté un peu mes relations avec Vermeer. Il y avait (c'est drôle je parle déjà au passé alors que je suis encore à Washington) – des textes courts de jeunesse de Robert Walser que j'ai surtout lus au début du voyage comme des moments de contemplation/méditation sur des choses simples comparables à ce que fait Vermeer. C'est un peu pareil pour Soseki – d'abord Une journée de début d'automne, où une des nouvelles autour d'un moineau en cage fait parties des plus belles choses que j'ai jamais lues, et maintenant Je suis un chat. Ce sont des écrivains parallèles à Vermeer.
Je ne raffole pas de Modiano mais je suis tombée sur L'horizon dans une librairie de Berlin et j'ai eu plaisir à le lire: l'espace laissé au lecteur ressemblait à celui que me donnait Berlin dans mes journées à ce moment-là.
Enfin j'ai rencontré les livres de Kurt Vonnegut. D'abord Slaughterhouse 5 dont l'objet central si on peut dire est le bombardement de Dresde, et en ce moment Breakfast of Champions que j'admire tout autant. La liberté, la vitalité violente, drôle et caustique, les dessins, une façon d'intervenir en plein milieu des personnages pour commenter, critiquer ce qu'il est en train d'inventer, pour dire que rien n'est inventé et que les chaussettes qu'il prête à tel personnage sont celles de son beau-père... Je suis loin de cette écriture (malheureusement !) mais j'espère que dans sa liberté formelle elle va m'inspirer pour Vermeer.

Tout en étant très occupée par Vermeer, j'ai senti que tous ces livres m'imprégnaient fortement. Je ne sais vraiment pas ce que je vais faire, quelle forme je peux donner à cette expérience, j'ai l'impression d'avoir vraiment vu Vermeer, de savoir intimement ce qu'il fabrique, mais ce ne sont pas les mots de l'histoire de l'art qui vont pouvoir me servir à raconter ça, les descriptions que j'ai faites ne valent que pour l'expérience du moment... enfin on verra.
J'ai des photos, sans qualité, mais qui ont un certain sens par rapport à ce que j'ai fait et vu. J'aimerais peut-être proposer au Tigre de m'ouvrir pendant quelque mois une rubrique Vermeer, pas pour raconter mon voyage mais pour continuer sur la lancée de ce que j'y ai trouvé... Les autres medias, tu sais, ça m'intimide, je n'ai aucune habileté dès qu'il s'agit de faire avec autre chose que les mots, et c'est alourdissant et agaçant.

Je ne sais pas si c'est notre dernier échange. Peut-être que si tu te dépêches de me répondre, on a encore le temps de faire un va et vient. Sinon au revoir blog de Karine – et à bientôt.