Chère Karine

Je suis contente de pouvoir engager cette conversation avec toi sur ce sujet qui m’habite depuis quelques mois, et d’autant plus dans une temporalité parallèle à celle de l’exposition en cours à Bordeaux. Comme tu le soulignes, cette exposition est une des formes ouvertes d’un processus, un moment privilégié de cette relation à une recherche artistique, mais qui ne peut exister seule lorsqu’on traite du projet plutôt que de l’objet (matériel) - ce qui est mon cas ici.
J’envisage donc la conversation comme un outil important de la recherche, au même titre que l’exposition. (Je pense à une analogie : le rapport amoureux constitué lui aussi de ses divers agencements, liés entre eux : les échanges, les rapports sexuels, le partage, la solitude, les retrouvailles, l’autonomie et le quotidien, etc.).
De même, j’activerai d’autres dispositifs au fil du temps : pourquoi pas des lectures, un site internet, d'autres expositions, une rencontre publique ou non, un livre, ou tout autre moyen qui me semblerait pertinent, que ce moyen appartienne à la norme du monde de l’art ou pas du tout.

En ouverture de nos échanges, je t’envoie cette image : une perruque faite de vrais cheveux (c’est important) et posée sur une des tables dans le grand espace de la galerie (qui en comporte deux, dont un plus petit).
Comme cette réflexion est encore en cours, l’enjeu était de ne pas la figer dans une exposition statique ; elle comporte donc dix propositions dont les états de développement varient.
Cette perruque appartient justement à la piste la moins « résolue », mais elle me semble pourtant matérialiser le mieux ce que j’essaye de rendre sensible.
Elle cristallise dans un seul objet manufacturé, façonné avec une matière organique, la question de l’absence avec un caractère virtuel, que j’ai traitée sous la forme d'un fantôme (tel qu’utilisé dans le monde des Archives : un signe visuel laissé comme trace d’un document ou objet déplacé). Mais aussi les questions de flux, de la matrice et de la version, de projet à venir, puisqu’elle renvoie à une production encore non engagée, qui mêlera l’organique et la textualité, avec comme départ les travaux de cheveux du 18ème siècle.