Une perruque est l'envers de plusieurs visages. Des têtes dont on a prélevé des cheveux recyclés sur d'autres têtes. Derrière cette masse, on attend sourdre un fantôme à la manière des films d'horreur japonais du genre Yurei Eiga. Tu sais, ces jeunes femmes aux longs cheveux noirs qui hantent les histoires du cinéaste Hideo Nakata pour ne citer que lui.
On verra bien qui se cache derrière cette chevelure à la fin de notre conversation.
Mais, plus que la figure du fantôme, la perruque m'a immédiatement fait penser à la pratique du travail en perruque. Quelques bribes d'une définition relevées sur Wikipedia :

"Le travail en perruque est l'utilisation du temps de travail ou des outils de travail par un employé pour effectuer des travaux qui ne correspondent pas à ceux pour lesquels il est payé. Cette activité répond généralement à des objectifs personnels, et elle est parfois connue et acceptée par l'employeur. [...]"

"L'expression "travailler en perruque", et le mot "perruque" pris dans le sens de travail fait "en douce", maquillé, datent du XIXe siècle. Ces expressions ont vraisemblablement un lien avec la perruque de faux cheveux, le postiche. [...]"

"Le travail en perruque peut aussi s'appeler [...] "travail en sous-sol", "travail de la main gauche", "travail en douce", "travail masqué". [...]"

J'ai découvert la perruque à partir du travail de Jan Middelbos, artiste, qui a proposé pour la XV Biennale de Paris en 2006 une "Bourse de Travail Parallèle".
Michel de Certeau en parle comme "une pratique du détournement" ou bien comme des "manipulations d'espaces imposés" que les usagers emploieraient à leur profit sur leurs lieux et temps de travail.

Voilà comment Jan Middelbos présente sa "Bourse de Travail Parallèle" :

"Mode d’emploi :

Dans un local syndical au 4, rue de la Martinique dans le 18e arrondissement de Paris, est organisé le 21 Octobre à partir de 18 heures une bourse d’échange d’objets et de savoirs faire.
Il est demandé à tous les participants d’amener, s’ils le peuvent et le veulent bien - un objet produit ou volé sur leurs lieux de travail, dans le but de documenter l’ensemble de ces objets, de les exposer et de les échanger.
Les participants viennent avec un objet et repartent avec un autre.

L’objet devient ici essentiellement un vecteur pour échanger des expériences, il est à considérer comme une contrainte.

Des bons "promesse d’échange" - avec nom, prénom, téléphone, mail, et nature de l’échange - sont à disposition de chacun pour prolonger ce réseau, qui, nous l’espérons pourra de nouveau être réactivé dans le futur.
Ces échanges ont surtout pour nécessité de faire savoir ce qu’il se passe aujourd’hui dans le monde du travail, avec entre autres questions :
Quelles sont les conditions de travail et d’exploitations contemporaines ?

Pourquoi celles-ci sont-elles de plus en plus cachées et semblent-elles de plus en plus « dé-materialisées » ?
…
Discuter des armes et des ruses utilisées pour le détournement de la production, c’est échanger des modes de résistances, mais aussi comprendre un peu plus - et à notre échelle - les fonctionnements (stratégiques et tactiques) de la production capitaliste actuelle.

Cette bourse du travail parallèle a aussi pour idée de mettre en jeu les nouvelles formes possibles de productions et d’échanges.
 En effet, la pratique du don peut se retrouver au cœur de ce que l’on appelle la pratique de la perruque."

Mais peut-être que je déborde déjà du cadre de tes préoccupations et, avant d'aller plus loin, j'aimerais savoir ce que la perruque comme postiche, fantôme, et temps de travail dérobé, t'inspire.