Agrippa (A Book of the Dead), William Gibson & Dennis Ashbaugh(1992)

Le mot artiste dans le terme « livre d’artiste » ou « blog d’artiste » ne me pose pas problème. Très littéralement, j’entends cette combinaison comme on pourrait dire poésie sonore ou art vidéo. Bref, un médium - ou un genre - au même titre par exemple qu’un dessin ou qu’une installation (et pourtant on n’entend jamais « installations d’artistes »).
Je dirais même que j’affectionne le terme livre d’artiste, qui marque une différence de fonction par rapport au support traditionnel : dans ce genre, le livre devient un espace d’exposition, et/ou comme outil d’un processus artistique, et non pas uniquement comme moyen de diffusion d’un travail terminé, d’un évènement qui lui serait extérieur. Un livre (ou un blog) y est donc à traiter comme un espace prédéfini, à investir. L’artiste devient éditeur, dans « un rôle comparable à celui du commissaire d’exposition » (Marie de Bouard, L’Esthétique du livre).
Je dirais donc qu’il y a le livre d’artiste (qui emprunte à l’édition ses modes de production, voir de diffusion) et de même, il y a la conversation d’artiste (qui emprunte à la conversation ses modalités et ses règles).


Scratching on Things I Could Disavow, Walid Raad

Pour clôturer notre conversation, j’aimerais revenir au début, sur cette idée que ce que nous faisons est une version conversée de l’expo en cours à Bordeaux (je te cite).
C’est une idée que je trouve assez belle, et je pense à cette phrase (dont je ne me souviens pas la provenance) : les meilleures expositions sont celles qu’on raconte, et qui me fait à son tour aussitôt penser à la proposition Scratching on Things I Could Disavow: A history of art in the Arab World, de Walid Raad, que j’avais vu il y a quelques années au 104.
Walid Raad y endossait la position de conteur, dans l’espace même d’exposition : il nous faisait cheminer à la fois dans sa recherche, dans sa pensée par la parole et en même temps déambuler dans les différents espaces d’expo.
J’avais été comme enchantée par cette performance, par ces changements d’espaces (la parole, les objets physiques) et par les changements d’échelle (être assise pendant longtemps devant un mur d’images, puis debout devant les très grands pans de murs, et ensuite penchée sur une maquette de l’intérieur d’une galerie…). Une expérience digne d’Alice au pays des merveilles.
Changer d’échelle est un peu l’impression que m'a fait cette conversation : à la fois un léger étourdissement et une prise de distance.



Untitled, Navid Nuur

... Conversation à continuer IRL, dans une semaine à Briant.