Tchatchhh est une conversation à deux. Elle emprunte la forme écrite mais peut s'entendre comme une parole qui se construit en même temps qu'elle se produit. Elle est percée de bruits, de commentaires laissés par les lecteurs et, d'un motif à l'autre, au fil des mots, des images et des sons, elle demeure ouverte, dépossédant en quelque sorte les protagonistes de leurs prérogatives de départ. L'un et l'autre s'impliquent dans la conversation en acceptant de ne pas maîtriser le cours des choses. La conversation n'appartient à aucun des deux, elle déploie des pensées sur le terrain de la réciprocité sans nécessairement parvenir à un accord final.
De 2008 à 2012, j'ai invité des personnes à faire l'expérience d'une conversation sans savoir par avance qu'elle en était la teneur.
Depuis le voyage Vermeer de Christine Lapostolle, auquel j'ai pris part du 8 juillet au 27 août 2012, les conversations ont désormais un objet commun formulé au début de chacune d'elles. Exposé aux détours et errances de l'échange, ce point de départ est à même d'emprunter d'autres chemins que l'on ne peut pas percevoir au commencement d'une conversation, par définition sujette aux variations.

samedi 11 octobre 2008

isaon,

demain, nous nous quitterons.
Vous avez empreinté pour un temps le nom et les mots d'un autre.
Que puis-je conserver de cette incarnation ?
Je ne sais rien.

dimanche 5 octobre 2008

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Une fois parti le porteur du message, trompé tout autant que sa destinataire, le chevalier resté seul commença à réfléchir au moyen de changer de nom pour qu'on ne sût pas qui il était ni où il allait, car l'amour s'était en peu de temps si bien emparé de lui qu'il était déjà désireux d'abandonner une partie de lui-même.

mardi 30 septembre 2008

chanson

dimanche 28 septembre 2008

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Mon père savait beaucoup de ses chansons, qui imitaient le langage des bergers et étaient emplies de paroles d'un grand talent (ou plus précisément d'une grande douleur), disposées et semées si délicatement parmi d'autres paroles rustiques que celui qui y regarderait bien comprendrait aisément comment elles étaient faites. Et il y avait encore autre chose qui apparaît à mon humble jugement, c'est que le beau, disséminé au milieu de cette bassesse de style, par l'impression d'étrangeté qu'il donnait, provoquait plus rapidement l'émotion, tant l'imagination a de pouvoir sur tout.

samedi 27 septembre 2008

dada est mort !

A partir d'aujourd'hui, plus de règles. Je réponds à ton texte par une vidéo.



Da Da Da (feat. Stephan Remmler)

mercredi 24 septembre 2008

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Binmarder, la pensée tout occupée de ce mystère, commença à percevoir un grand vacarme qui, venant du bois, s'approchait dans sa direction. Et il ne l'entendait pas encore très nettement lorsqu'il vit devant lui son cheval poursuivi par des loups passer au galop ; et, au loin, derrière les loups, arrivaient en courant des chiens qui menaient grand bruit. Le cheval, voulant franchir cette rivière-ci, y tomba, et les loups, le rejoignirent et commencèrent à le déchirer de toutes parts, de sorte que, si vite que Binmarder accourût, il était déjà à moitié mort.

mardi 23 septembre 2008

binmarder,

Je vous ai, en partie, dévoilée. Heureusement / malheureusement, qu'il y a Google, notre maître à tous. En tout cas, bien malgré nous, il incite à googliser.
L'anonymat disparu, impossible ?
Ou bien, cet anonymat est un leurre de plus et ne sert qu'à révéler des personnages dissimulés derrière une personne ?
La confusion règne. Se faire passer pour un autre est une vieille histoire d'imposteur mais est-ce encore possible ? L'imposture est ici (où ça exactement ?) immédiatement digérée par Google.
Binmarder, pourquoi cette tristesse ?

dimanche 21 septembre 2008

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Sur ce mont le plus élevé de tous que j'étais venue rechercher pour la solitude incomparable que j'y ai trouvée, voici comment je passais ma vie : tantôt je descendais dans le fond de ces vallées qui ceignent alentour, tantôt, de son point le plus haut, je restais à regarder la terre qui allait s'achever dans la mer, puis la mer qui s'étendait à sa suite, pour aller s'achever on ne sait où. Mais quand venait la nuit, en harmonie avec mes pensées, lorsque je voyais les oiseaux chercher leurs refuges, s'appelant les uns les autres, semblant vouloir apaiser la terre elle-même, alors, le coeur lourd de chagrins qui venaient redoubler ceux avec lesquels je m'étais éveillée, je m'en retournais vers mon pauvre logis, où Dieu seul est témoin de la façon dont je dormais la nuit.

vendredi 19 septembre 2008

conversation avec binmarder du dimanche 21 septembre au dimanche 12 octobre

En guise de présentation binmarder m'a donné un texte :

Cela me fit douter de commencer à écrire ce que j'avais vu et entendu. Mais à la réflexion, je me dis que ma crainte de ne pouvoir achever d'écrire n'était pas une raison pour ne pas le faire, puisque je n'écrirais pour personne d'autre que pour moi-même, moi pour qui les choses inachevées ne seraient pas une nouveauté.