Tchatchhh est une conversation à deux. Elle emprunte la forme écrite mais peut s'entendre comme une parole qui se construit en même temps qu'elle se produit. Elle est percée de bruits, de commentaires laissés par les lecteurs et, d'un motif à l'autre, au fil des mots, des images et des sons, elle demeure ouverte, dépossédant en quelque sorte les protagonistes de leurs prérogatives de départ. L'un et l'autre s'impliquent dans la conversation en acceptant de ne pas maîtriser le cours des choses. La conversation n'appartient à aucun des deux, elle déploie des pensées sur le terrain de la réciprocité sans nécessairement parvenir à un accord final.
De 2008 à 2012, j'ai invité des personnes à faire l'expérience d'une conversation sans savoir par avance qu'elle en était la teneur.
Depuis le voyage Vermeer de Christine Lapostolle, auquel j'ai pris part du 8 juillet au 27 août 2012, les conversations ont désormais un objet commun formulé au début de chacune d'elles. Exposé aux détours et errances de l'échange, ce point de départ est à même d'emprunter d'autres chemins que l'on ne peut pas percevoir au commencement d'une conversation, par définition sujette aux variations.

lundi 28 avril 2008

Essayer quand même

C'EST icy un livre de bonne foy, lecteur. Il t'advertit dés l'entree, que je ne m'y suis proposé aucune fin, que domestique et privee : je n'y ay eu nulle consideration de ton service, ny de ma gloire : mes forces ne sont pas capables d'un tel dessein. Je l'ay voüé à la commodité particuliere de mes parens et amis : à ce que m'ayans perdu (ce qu'ils ont à faire bien tost) ils y puissent retrouver aucuns traicts de mes conditions et humeurs, et que par ce moyen ils nourrissent plus entiere et plus vifve, la connoissance qu'ils ont eu de moy. Si c'eust esté pour rechercher la faveur du monde, je me fusse paré de beautez empruntees. Je veux qu'on m'y voye en ma façon simple, naturelle et ordinaire, sans estude et artifice : car c'est moy que je peins. Mes defauts s'y liront au vif, mes imperfections et ma forme naïfve, autant que la reverence publique me l'a permis. Que si j'eusse esté parmy ces nations qu'on dit vivre encore souz la douce liberté des premieres loix de nature, je t'asseure que je m'y fusse tres-volontiers peint tout entier, Et tout nud. Ainsi, Lecteur, je suis moy-mesme la matiere de mon livre : ce n'est pas raison que tu employes ton loisir en un subject si frivole et si vain. A Dieu donq.

jeudi 24 avril 2008

très cher(e) invité(e),

Je vous livre là une lettre retrouvée au milieu de quelques autres. Elle est datée du 21 janvier 1992. Il s'agit d'une correspondance postale que j'entretenais avec un certain "Franck". J'étais à cette époque une lectrice de Mad Movies, une revue consacrée aux films d'horreur et de science fiction. Je ne l'ai jamais rencontré physiquement et je ne me souviens pas pourquoi j'échangeais des lettres avec lui, encore moins à quoi il fait référence dans celle-ci. Voici son intégralité :

Honte à moi, je l'avoue, je suis un goinfre, qui ne pense qu'à manger, à déchiqueter, ah le goût esquis du sang sur ma langue... Maintenant je vais tenter de répondre à ta lettre perverse et très curieuse (avoue que tu ne connais pas les réponses). La taille moyenne d'un pénis (disons-le) au repos est de 6 à 8 cm. La taille moyenne du vagin, t'aurais pas un mètre pour vérifier ? Pendant l'acte on doit bien bruler 500 calories. Je laisse tomber la question suivante j'ai remarqué que le sperme faisait grossir pendant environ 9 mois (les femmes). Le moyen de contraception : la pilule et la capote. le 1er livre > 1971 ? Non l'orgasme féminin ne favorise aucune naissance (si tu trouve quelques tâches jaunatres sur cette lettre, ne viens pas te plaindre !). A vrai dire pour mes correspondants, j'ai été un peu étonné, les nanas écrivent-elles par intérêt du sexe masculin ou purement par hasard ? Le mec que je connais est hyper cool, d'après ce que j'ai compris, il fait facilement la foire et voit beaucoup de vidéo, pour comble, il s'appelle Francis Perrin et il a horreur de l'acteur du même nom. Je me débrouille assez bien en philo, faut croire que moi, mon surmoi et mon ça s'entendent bien (Stephen King aurait-il étudié Freud ?). Toi aussi tu as des dons, c'est fou ça ! J'ai une autre correspondante qui fait de la magie blanche et qui prétend savoir lancer des sorts !
Bon parlons vidéo, j'ai vu sur canal: "Ma belle mère est une sorcière", un film de série B mais assez amusant. Et Ghost avec Whoopi Goldberg (la vedette de Jumping Jack Flash si tu l'as vu). Un très bon film. côté lecture: "Rage" de Richard Buchman (question 1000 points sous quel nom est-il plus connu ?) et "Les Fourmis", livre très intéressant car d'une part nous avons un homme qui hérite d'une maison de son oncle mais après avoir disparu dans la cave, ce sont sa famille et deux brigades de police qui y disparaisse, en parallèle, nous vivons la vie d'une fourmilière après les aventures de 3 ou 4 fourmis, la fin est inattendue. Sais-tu qu'il y a sous terre plus d'1 milliard de milliard de fourmis ?
Après ce long discours je vais te laisser à tes leçons d'enfant sage (si on puis dire!) et te dire à bientôt.
Bisous Bisous
Franck
P.S. Déçu par Avoriaz, t'as vu le gagnant ?
P.P.S: Bon courage !

Melancholia

La chose, qui attendait, s'est alertée, elle a fondu sur moi, elle se coule en moi, j'en suis plein. - Ce n'est rien: la Chose, c'est moi. L'existence, libérée, dégagée, reflue sur moi. J'existe.
J'existe. C'est doux, si doux, si lent. Et léger: on dirait que ça tient en l'air tout seul. Ça remue. Ce sont des effleurements partout qui fondent et s'évanouissent. Tout doux, tout doux. Il y a de l'eau mousseuse dans ma bouche. Je l'avale, elle glisse dans ma gorge, elle me caresse - et la voila qui renaît dans ma bouche, j'ai dans la bouche à perpétuité une petite mare d'eau blanchâtre - discrète - qui frôle ma langue. Et cette mare, c'est encore moi. Et la langue. Et la gorge, c'est moi.
Je vois ma main, qui s'épanouit sur la table. Elle vit - c'est moi. Elle s'ouvre, les doigts se déploient et pointent. Elle est sur le dos. Elle me montre son ventre gras. Elle a l'air d'une bête à la renverse. Les doigts, ce sont les pattes. Je m'amuse à les faire remuer, très vite, comme les pattes d'un crabe qui est tombé sur le dos. Le crabe est mort: les pattes se recroquevillent, se ramènent sur le ventre de ma main. Je vois les ongles - la seule chose de moi qui ne vit pas. Et encore. Ma main se retourne, s'étale à plat ventre, elle m'offre à présent son dos. Un dos argenté, un peu brillant - on dirait un poisson, s'il n'y avait pas les poils roux à la naissance des phalanges. Je sens ma main. C'est moi, ces deux bêtes qui s'agitent au bout de mes bras. Ma main gratte une de ses pattes, avec l'ongle d'une autre patte; je sens son poids sur la table qui n'est pas moi. C'est long, long, cette impression de poids, ça ne passe pas. Il n'y a pas de raison pour que ça passe. A la longue, c'est intolérable... Je retire ma main, je la mets dans ma poche.

Je me lève en sursaut: si seulement je pouvais m'arrêter de penser, ça irait déjà mieux.

mercredi 23 avril 2008

comment fabriquer son propre insecticide ?

Il faut prendre deux gousses d’ail avec un oignon et une cuillère de poivre de Cayenne moulu. Faire macérer le tout dans un litre d’eau bouillante pendant une à deux heures puis y ajouter du savon noir (une cuillère). Laisser macérer pendant une semaine avant de filtrer et vaporiser partout. Mort certaine.

se lever...rêver peut-être

Rejeter la couverture, rien de plus simple ; je n'avais qu'à me gonfler un peu, elle tomba toute seule. Mais la suite des opérations était plus délicate, surtout parce que j'étais excessivement large. j'aurais eu besoin de bras et de mains pour me redresser; or, au lieu de cela, je n'avais que ces nombreuses petites pattes sans cesse animées des mouvements les plus divers et de surcroît impossibles à maîtriser. Voulais-je en plier une, elle n'avait rien de plus pressé que de s'étendre; et si je parvenais enfin à exécuter avec cette patte ce que je voulais, les autres pendant ce temps avaient quartier libre et travaillaient toutes dans une extrême et douloureuse excitation. « Surtout, ne pas rester inutilement au lit », me dis-je.

mardi 22 avril 2008

vacarme

Vers minuit, ma migraine s'était intensifiée. Tout le jour, les murs et le plafond négligés du studio avaient résonné du vacarme incessant des voitures qui accéléraient sur la voie aérienne, au centre de la ville, dont l'arche passait à quinze mètres au-dessus du toit du studio, une Babel délirante et insensée de klaxons, de pneus stridents, de coups de freins et de moteurs qui ronflaient par les corridors et les cages d'escaliers jusqu'au studio du deuxième étage, emplissant l'atmosphère viciée de plomb et de rage. Épuisants, mais au moins impersonnels, ces sons, je pouvais les supporter. Au crépuscule cependant, quand la voie aérienne se calmait, ils étaient recouverts par la mystérieuse claque fantôme, les applaudissements venus de nulle part et qui, de l'obscurité environnante, s'abattaient sur la scène.

premières phrases ou comment commencer

Longtemps, je me suis couchée de bonne heure. Parfois, à peine ma bougie éteinte, mes yeux se fermaient si vite que je n'avais pas le temps de me dire : « Je m'endors. » Et, une demi-heure après, la pensée qu'il était temps de chercher le sommeil m'éveillait ; je voulais poser le volume que je croyais avoir dans les mains et souffler ma lumière ; je n'avais pas cessé en dormant de faire des réflexions sur ce que je venais de lire, mais ces réflexions avaient pris un tour particulier ; il me semblait que j'étais moi-même ce dont parlait l'ouvrage : une église, un quatuor, la rivalité de François Ier et de Charles-Quint. Cette croyance survivait pendant quelques secondes à mon réveil ; elle ne choquait pas ma raison, mais pesait comme des écailles sur mes yeux et les empêchait de se rendre compte que le bougeoir n'était plus allumé.

lundi 21 avril 2008

conversation avec irene pessoa du mardi 22 au mardi 29 avril

En guise de présentation irene pessoa m'a donné une image :