Tchatchhh est une conversation à deux. Elle emprunte la forme écrite mais peut s'entendre comme une parole qui se construit en même temps qu'elle se produit. Elle est percée de bruits, de commentaires laissés par les lecteurs et, d'un motif à l'autre, au fil des mots, des images et des sons, elle demeure ouverte, dépossédant en quelque sorte les protagonistes de leurs prérogatives de départ. L'un et l'autre s'impliquent dans la conversation en acceptant de ne pas maîtriser le cours des choses. La conversation n'appartient à aucun des deux, elle déploie des pensées sur le terrain de la réciprocité sans nécessairement parvenir à un accord final.
De 2008 à 2012, j'ai invité des personnes à faire l'expérience d'une conversation sans savoir par avance qu'elle en était la teneur.
Depuis le voyage Vermeer de Christine Lapostolle, auquel j'ai pris part du 8 juillet au 27 août 2012, les conversations ont désormais un objet commun formulé au début de chacune d'elles. Exposé aux détours et errances de l'échange, ce point de départ est à même d'emprunter d'autres chemins que l'on ne peut pas percevoir au commencement d'une conversation, par définition sujette aux variations.

mercredi 18 juin 2008

Voir sans être vu


Serions-nous tous des voyeurs ? Le sublime film de Michael Powell, The Peeping-Tom, en français Le voyeur, renvoie à ce qu'est fondamentalement le cinéma. Les acteurs ne s'y exposent pas comme au théâtre. Monter en scène, entrer en piste, sont des épreuves autrement plus terribles, même si les projecteurs nous empêchent souvent de voir le public. En retour, mon regard de spectateur me gêne pour ceux que j'imagine se sentir démasquer, déshabiller, passer aux rayons X de ma longue observation. J'en ai d'autant plus le temps que je m'ennuie au théâtre et que je prends souvent des notes pendant les concerts, des idées qui me passent par la tête, j'y travaille, souvent. De plus, j'emporte de petites jumelles avec lesquelles je recompose les plans, je m'approche des visages, je fais du montage en direct, je coupe, je zappe, je glisse... Au cinéma, c'est différent. Il m'absorbe. Je ne pense à rien d'autre. Mes réflexions sont en corrélation avec ce qui se trame sur l'écran. Je me laisse porter. C'est même la seule activité, avec la lecture si je ne suis pas trop fatigué, qui me permet de me déconnecter, d'arrêter de travailler surtout.
Dans la vie quotidienne, lorsque je deviens voyeur, je me comporte encore comme si j'étais au cinéma. Je peux rester des heures à une fenêtre si l'activité bat son plein en dessous, dans la rue. Combien d'heures ai-je passé, jeune adolescent, à espérer qu'une femme se dénude dans les immeubles en face ? Combien de jours ai-je passé à regarder les couples se faire et se défaire lorsque j'habitais au-dessus de la station de métro Père Lachaise ? Combien d'années ai-je porté des lunettes noires dans les rames pour voir sans être vu ? Face aux verres fumés, les passagers détournaient leur regard, laissant le champ libre à mon exploration. Dans la nature, devant l'horizon, au-dessus des nuages, dans un bois, c'est encore le voyeur qui s'exprime dans l'attente qu'un animal se montre, qu'une fleur se referme, qu'un nuage évoque une nouvelle forme... Si j'ai fini par me montrer à visage découvert, à signer de mon nom, à publier mon journal intime au jour le jour, digressant lors de mes conférences, provoquant en toute impudeur, est-ce pour me dédouaner de la curiosité, vice ou vertu ?

mardi 17 juin 2008

voile capote



Derrière le voile, il y a la possibilité de voir et de ne pas être vue. Ce vêtement ne sert pas uniquement à cacher les attributs féminins et peut se transformer en arme redoutable. L'image de ce billet est extraite de la vidéo Abou Kalthoum de Victor Marzouk performeur King franco-tunisien. Cette vidéo a été présentée dans le cadre de l'exposition-rencontre Des Féminités en question organisée par La plateforme. J'ai moi-même participé à cette exposition en proposant une pièce sonore qui tentait de brouiller au maximum mon identité. Le voile capote que j'ai arboré le jour de mon mariage était un lien direct aux femmes voilées. Je voulais d'ailleurs un voile beaucoup plus efficace mais la créatrice avec qui j'ai conçu l'habit m'en a dissuadé.

Un pour tous, tous pour Un


Je remonte ton billet de bas en haut comme on dit "V'là le diable !" en passant la main à plat sur la figure du marmot en alternance avec "V'là le bon dieu !" où l'on frotte dans le sens inverse. La remontée arrache le nez tandis que la descente sent presque la caresse. Métaphore initiatique des aller et retours que la vie nous réserve.
Sous son épitaphe gravée sur sa tombe rouennaise, "D’ailleurs, c'est toujours les autres qui meurent", Marcel Duchamp doit se marrer en regardant tous les "artistes" qui se réclament de sa succession. S'il n'avait qu'un seul visage, il avancerait masqué pour jouir de sa bonne farce aux iconoclastes qui se croient aujourd'hui tout permis puisque le maître a ouvert la porte au tout, mais justement pas au n'importe quoi. Ses prétendus héritiers me rappellent les lacaniens ou les godardiens. La catastrophe est-elle un dénouement ? Je crains que ce soit plutôt un sac de noeuds !
Duchamp, Man Ray, Picabia, une sacrée bande de chenapans qui se fait rare. Nos aventures sont trop solitaires. Qu'est devenu l'esprit d'équipe ? Les supporters beuglant propos sexistes et nationalistes devant le poste, ah ça non ! J'ai repensé au collectif de pieds nickelés que nous formions avec Francis Gorgé et Bernard Vitet lorsque nous fondâmes Un Drame Musical Instantané en 1976. Dans une BD publiée alors pour et dans Libération, Francis s'était dessiné en Croquignol, Bernard en Ribouldingue et moi en Filochard.
L'idée était simple. En réglant la question de la signature et du fric, on réduisait les raisons de s'engueuler de 95%. Il restait la confrontation des idées politiques et certains détails techniques somme toute insignifiants. Nous avions décidé de tout cosigner quelle que soit la part de création de chacun et de partager les revenus en trois parts égales. Un Drame Musical Instantané se substitua à nos trois noms propres, manière de revendiquer l'anonymat en assumant de composer ensemble, pratique très peu usitée à cette époque reculée où les utopies pullulaient encore comme des champignons. La plupart de nos camarades estimaient qu'il était impensable d'écrire de la musique à plusieurs et ne comprirent que beaucoup plus tard de quoi il retournait. Quelques uns du moins. La collaboration qui avait commencé pour Francis et moi en 1969 ira jusqu'en 1992 et celle avec Bernard fonctionne toujours, même si ses problèmes dentaires lui interdisent de souffler désormais dans sa trompette. De temps en temps, nous nous contentons de composer ensemble quelque pièce d'orchestre, mais le Drame n'a plus de raison d'être. Trente deux ans d'entente mutuelle, c'est enviable !
Nous nous intéressions à l'objet et non à nos trois sujets. C'était la base de tout notre travail et le secret de notre entreprise. Nous pouvions nous chamailler toute la journée sur le travail en cours, mais nous tombions finalement d'accord, car l'œuvre faisait la loi. Nos egos ne nous intéressaient pas, seule la fiction nous fascinait. Voilà pour le "Drame" puisque l'unicité était déjà donnée par le titre du billet. Les autres termes de notre patronyme feront peut-être l'objet d'un prochain billet. Allez savoir...

Légendes des photos
samedi : installation de nabaz'mob / debalie / Amsterdam / photo Françoise Romand / 2007
lundi : restes de la présence française / Done Khone / Laos / photo JJB / 2008
mardi : Un d.m.i. sur la Péniche-Opéra / 20 000 lieues sous les mers / photo Philippe Monteillet / 1988

lundi 16 juin 2008

surexposition



Cher Jean-Jacques,
l'anonymat peut être une force. C'est ainsi que nous l'avions envisagé en concevant Rencontre Service. Dégagées des déterminismes sociaux, les personnes qui s'inscrivent au catalogue jouent avec leur identité et s'inventent des personnages. Une manière d'injecter à la réalité un peu de fiction et beaucoup d'amusement. Je tiens à cette liberté. Pour ma part, je me suis souvent cachée derrière ce que je faisais car je préfère mettre en avant mes activités. C'est l'expérience générée qui m'importe, inventer des espaces de liberté entre les systèmes. Cela dit, Internet surfe aussi sur la vague des identités multiples. Facebook et les autres ne font qu'exacerber ce qu'Internet porte depuis le début. Les identités multiples sont aujourd'hui une précieuse possession et un puissant outil de marketing. Plus on possède d'avatars plus on est riche ;) !
L'image et le titre de ce billet sont inspirés de l'exposition Surexposition: Duchamp, Man Ray, Picabia - Sexe, Humour et Flamenco imaginée par Jean-Hubert Martin. L'art est souvent sur-exposé et ses auteurs avec. Avec cette exposition, qui a eu lieu au Passage de Retz à Paris, Jean-Hubert Martin nous offre le plaisir de (re)voir des pièces (la plupart ne sont pas des œuvres) qui mettent en jeu les trois compères. Le jeu, car c'est vraiment de cela dont il s'agit, est omniprésent. L'image collée ici fait partie de cette collection et représente Marcel Duchamp couvert de savon à barbe photographié par Man Ray. Marcel Duchamp s'est beaucoup amusé à se jouer de l'art et des artistes en revêtant de multiples visages.
Au plaisir du prochain billet,
bises.

Le son et l'image


Chère Karine,
en t'envoyant la photo de ma pomme (bloggant), parce que j'aime bien savoir qui parle ou intervient lorsque je lis des blogs, des articles, des livres, et la chanson Radio Silence du disque Carton (1997) enregistrée avec ma voix pour qu'on mette un son sur ce corps et ce visage, j'ajoutai que l'anonymat est un paramètre que j'apprécie peu sur le Net.
Je cherche la transparence, le politiquement incorrect s'il le faut, pour faire sortir les cadavres des placards autant que possible... Il est nécessaire d'avoir le courage de ses actes comme de ses positions intellectuelles ou morales. Certains y verront peut-être du nombrilisme, il y en a, mais ce n'est pas le sujet, derrière il y a l'objet et c'est ce qui compte. Le verbe fait le joint. Dans mes billets, alternent systématiquement ces trois paramètres qui font syntaxe. Polymorphe, multimédia, pluraliste, je ne vis(e) que le changement d'angle, d'autres manières de voir et d'écouter...
La porte qui s'ouvre sur la jungle représente un rêve d'enfant, parce que je ne me vois pas autrement et qu'aucun son ne me fait plus d'effet que ceux des autres espèces.
Bises,
Jean-Jacques

samedi 14 juin 2008

conversation avec Jean-Jacques Birgé du lundi 16 juin au dimanche 29 juin

En guise de présentation Jean-Jacques Birgé m'a donné une image et un son :