Tchatchhh est une conversation à deux. Elle emprunte la forme écrite mais peut s'entendre comme une parole qui se construit en même temps qu'elle se produit. Elle est percée de bruits, de commentaires laissés par les lecteurs et, d'un motif à l'autre, au fil des mots, des images et des sons, elle demeure ouverte, dépossédant en quelque sorte les protagonistes de leurs prérogatives de départ. L'un et l'autre s'impliquent dans la conversation en acceptant de ne pas maîtriser le cours des choses. La conversation n'appartient à aucun des deux, elle déploie des pensées sur le terrain de la réciprocité sans nécessairement parvenir à un accord final.
De 2008 à 2012, j'ai invité des personnes à faire l'expérience d'une conversation sans savoir par avance qu'elle en était la teneur.
Depuis le voyage Vermeer de Christine Lapostolle, auquel j'ai pris part du 8 juillet au 27 août 2012, les conversations ont désormais un objet commun formulé au début de chacune d'elles. Exposé aux détours et errances de l'échange, ce point de départ est à même d'emprunter d'autres chemins que l'on ne peut pas percevoir au commencement d'une conversation, par définition sujette aux variations.

samedi 3 janvier 2009

celui-ci ?

ça

En toutes ces petites choses

simples et ordinaires qui font que c'est vivant.
En figures et monstres du moyen-âge, en Orlando pour une prochaine...
Et toi ?

V.,

En quoi aimerais-tu te métamorphoser ?

Pour sa capacité de métamorphoses.

Je me disais que ce personnage pourrait se transformer au fil des conversations.
Je l'ai trouvé drôle, j'ai pris du plaisir à le construire et j'en prends à le faire vivre. Par contre je l'aurais imaginé un peu plus bavard, plus loquace et spontané. Il prend peut-être trop de temps à se regarder se métamorphoser.

V.

Bien au contraire, je n'ai pas lu V.
Je ne connais rien à Pynchon sauf le mythe.
Et l'épaisseur du livre me laisse espérer qu'il y a à dire.
Et d'ailleurs, l'anonymat pour qui ? Je sais depuis le début pour ma part. Mais je ne sais rien pour ainsi dire !
Je vais donc commencer par une question toute simple : pourquoi V. ?

l'alligator ne m'est effectivement d'aucun secours



il faudrait que je




Et de cervelle en calembour : une fois démasquée,
Que faire du camembert ?
Un jeu de cache-cache avec personne...
A moins que l'anonymat ne soit plus qu'une notion nostalgique ?

N'y-a-t-il pas un bug qui te ronge la cervelle Pynchon ?



Pynchon, ça ne fait pas très américain. Mais plutôt français camembert.

la nuit ils recrutent...

I heard you were dead
The bank Robbery

Escape from New York de John Carpenter, voici que je voulais te faire écouter.

Ici, l'espace n'est pas plus vaste. Le trou pend du haut en hommage à Gordon Matta-Clarke. Donnant un aspect organique à ce qui ne devrait pas. Passage où têtes en vrac, bestioles sans corps où êtres à métamorphose pourrait s'engouffrer. Le monde des yokaï ne semble plus très loin.

L'écran lui d'après les pots cassés ressemble plutôt à :



un bon spectre et ça repart

Les fantômes, les esprits, ou ce genre d'êtres évaporés, gravitent dans un espace réduit. Ils reviennent inlassablement sur les lieux du crime et font généralement des apparitions sur les écrans d'ordinateurs.
Ici, dans mon 10m2, face à mon 20 pouces, grand luxe, j'attends la petite fille en vert avec ses longs cheveux noirs et ses bras de 2 mètres qui trainent par terre.
L'invasion des fantômes venus du net est pour ce soir.

vendredi 2 janvier 2009

vigilance, devil laughing on you tube...avec Benny Profane

Pas d'énigme.



Mr Bird avec un esprit

Staveley Bulford

où l'on voit Benny Profane, jocrisse et yo-yo humain, atteindre l'apochéirie, 7.

Mercredi, je suis passée par hasard devant V. en tête de gondole à la FNAC.
Je crois au hasard. J'entreprends maintenant de lire ce livre pour accompagner notre conversation.
Je prends donc ce premier billet comme une énigme. Pour l'instant, rien.
Pour cette nuit :
On voit donc que ne pas dormir, ce n'est pas seulement triompher de la fatigue physique, c'est surtout faire preuve de force spirituelle. Rester "éveillé", être pleinement conscient, être présent au monde de l'esprit.
Mircea Eliade, Aspects du mythe.

le jardin des délices



V. Vingt-deuxième lettre et dix-septième consonne de l'alphabet, servant à noter la fricative labiodentale sonore.
Va, vacant, vacarme, vacataire, vachement, vacherin, vaciller, vade-retro (satana), va-et-vient, vague à l'âme, va-nu-pieds, vapocraquage, vita vita…Qui va là ?

jeudi 25 décembre 2008

conversation avec V. la nuit du vendredi 2 janvier 2009 de 20h à 6h

En guise de présentation V. m'a donné une image et un texte :


"A l'état de veille, j'étais aussi indéfini, aussi déchiré qu'en rêve. Je venais de franchir le Rubicon de la trentaine, j'avais passé un certain seuil, les papiers d'identité et les apparences extérieures faisaient de moi un homme mûr - que je n'étais pas - mais qu'étais-je donc ? Un homme de trente ans qui jouait au bridge ? Un homme qui travaillait à l'occasion et par intermittence, qui s'acquittait des petites activités courantes et avait des échéances ?
Quelle était ma situation ? J'allais dans les cafés et dans les bars, je rencontrais des gens et échangeaient avec eux des paroles, parfois même des pensées, mais mon état restait peu clair et je ne savais pas moi-même où était l'adulte et où était le blanc-bec. Ainsi, à ce tournant des années, je n'étais ni ceci, ni cela, je n'étais rien et les gens de mon âge, qui étaient mariés et occupaient déjà une position bien définie (sinon devant la vie, du moins dans l'administration), me traitaient avec une méfiance justifiée. (....)

- (...) Si tu ne veux pas devenir un homme de l'art, sois au moins un homme à femmes ou un homme de cheval, mais au moins qu'on sache à quoi s'en tenir... Qu'on sache à quoi s'en tenir...

(...)
En fait, cette situation ne pouvait durer éternellement. A l'horloge de la nature, les aiguilles avançaient implacables. Quand eurent percé mes dernières dents, les dents de sagesse, il fallut réfléchir. L'évolution était accomplie, le moment était venu de l'inévitable meurtre, l'homme fait devait tuer le garçon inconsolable, puis s'envoler comme un papillon en abandonnant la chrysalide. Quittant les brumes, le chaos, les troubles effusions, les tourbillons, les courants et les tumultes, les roseaux et les coassements de grenouille, je devais revêtir des formes claires, stylisées, me peigner, m'arranger, entrer dans la vie sociale des adultes et discuter avec eux."

Ferdydurke, Witold Gombrowicz