Tchatchhh est une conversation à deux. Elle emprunte la forme écrite mais peut s'entendre comme une parole qui se construit en même temps qu'elle se produit. Elle est percée de bruits, de commentaires laissés par les lecteurs et, d'un motif à l'autre, au fil des mots, des images et des sons, elle demeure ouverte, dépossédant en quelque sorte les protagonistes de leurs prérogatives de départ. L'un et l'autre s'impliquent dans la conversation en acceptant de ne pas maîtriser le cours des choses. La conversation n'appartient à aucun des deux, elle déploie des pensées sur le terrain de la réciprocité sans nécessairement parvenir à un accord final.
De 2008 à 2012, j'ai invité des personnes à faire l'expérience d'une conversation sans savoir par avance qu'elle en était la teneur.
Depuis le voyage Vermeer de Christine Lapostolle, auquel j'ai pris part du 8 juillet au 27 août 2012, les conversations ont désormais un objet commun formulé au début de chacune d'elles. Exposé aux détours et errances de l'échange, ce point de départ est à même d'emprunter d'autres chemins que l'on ne peut pas percevoir au commencement d'une conversation, par définition sujette aux variations.

samedi 2 août 2008

SINGAPORE

Petites impressions ici et de cette ville très étrange...

A croire que tous les pays se mettent au diapason des jeux vidéos ….



Arrivé donc à Singapour ; trop de choses à dire sur cette ville qui camoufle son côté anarchique, sa pauvreté, sa misère par un centre ville proche qui rappelle le monde merveilleux de la souris aux grandes oreilles, idole des petits et des grands. Malgré tout de très belles architectures à découvrir…..

Quelques instantanés glanés et pour commencer


comme dirait Nicolas T. , après « internet explorer, c’est Singapour explorer »

Un David en dentelle rose



Basculons dans les expositions, Singapour regorge de petites galeries et autres centres à découvrir absolument.

« Lucie Fields Media Artworks » (expositions d’artistes suisses) au labs lasalle college of art, plusieurs séries de performances ( en trois temps distincts) dont celle de Hina Strüver and Matthias Wüthrich, artistes, grimpeurs, ou l’art de l’escalade écologique artistique ….



C’est l’action de l’homme sur la nature qui est mise à l’index avec leur Regrowing eden (2007-2008), sorte de jardin hypothétique, lié à l’interprétation du génome d’une plante et celui plus métaphorique lors de leurs interventions in-situ : jardin éphémère !!! Même si la première performance laissait le spectateur un peu dubitatif.



L’analogie entre la bande jaune (qui n’est pas sans rappeler les barrières plastiques ‘don’t cross’ aux USA) et une plante, une liane, où tout autre élément organique croissant et envahissant fonctionne bien. Il faut du temps pour comprendre que les bandes jaunes, d’abord toutes reliées entre elles dans un informe nœud, va se modifier de performances en performances, venir squatter la façade du lieu, transformer, contraindre l’espace visuel. Au cours de leur seconde intervention, ils en étendent plusieurs, reliant le nord au sud, traversant la fontaine etc. Lors de la dernière, ils ont joué avec les niveaux, ainsi des bandes s’entrecroisent, viennent presque toucher le gazon ….



Projet à découvrir avec une série de photographies retraçant les diverses autres performances, ici...

Autre lieu direction Secondlife, avec le projet d’une artiste brésilienne, Martha Carrer Cruz Gabriel sur la peau, SKINdoscope.
Sur Sl on croise effectivement des créatures, des monstres, des hybrides, des personnages tout droit sortis des dessins animés nippons, des mangas, des supersheroes us, mais également des personnages littéraires. Peut-être existe-t-il une madame Bovary sur Sl ?

Un autre projet particulièrement intrigant, qui revisite une nouvelle fois les classiques du cinéma, lavomatic culture bis, mais qui peut déboucher sur une forme nouvelle... Forever Vertov!!!

Je retourne explorer la ville qui en dehors des zones très touristiques, possède un charme indéniable où se mélangent des temples, des buildings high-tech, des demeures précaires .......

dimanche 27 juillet 2008

après quelques jours je reviens indemne de quelques incroyables aventures



A quoi bon recycler ce qui a déjà été fait et se contenter de le remettre en circulation sur SecondLife ou ailleurs ? Quel sens y a-t-il à rejouer l'histoire de l'art sans y ajouter le moindre commentaire ?
J'aimerais, au contraire, qu'il y ait dénaturation !
SecondLife semble déjà recycler la vie telle que nous la vivons en exacerbant les côtés les plus sordides : monde hyper-capitalistique et pornographique, à ce qu'on dit.
Pourquoi les avatars sont si "beaux" ? N'y-a-t-il pas des monstres ? Je trouve cette série de portraits, dont est issue l'illustration de ce billet, plutôt conventionnelle.



Pour terminer sur une note electro pop japonaise plus barrée, je t'invite à écouter Hikashu, un projet de Makigami Koichi.

lundi 21 juillet 2008

SL voyage au coeur de la lavomatic culture !





billet sous le signe d'une petite song....


Bien évidemment, SecondLife permet à tout à chacun, de se balader, mais pas de flâner... rare de se perdre sur SL, trop de map et trop d'endroits inaccessibles,


Dans le Paris de 1900,


ou dans le quartier rouge d’Amsterdam,




Folklore du voyageur en mal de sensations...

Surtout revoir Berlin,



se souvenir des longues promenades dans la ville,



Visiter la quinzaine d'îles s'appelant Tokyo.






A chaque découverte d'un lieu, d'une île, tu mets à jour plusieurs pistes de réflexions concernant le devenir des formes, les stéréotypes.

Sur SecondLife, les gens cherchent-ils réellement quelque chose, ou quelqu'un ...Where is
http://www.dailymotion.com/video/x3e23_pixies-where-is-my-mind-live

Puis, en expérimentant, tu t'aperçois très vite que c'est également un lieu très ancré dans l'histoire actuelle donc, tu y trouves beaucoup de recyclage d'idées, de termes....

http://www.youtube.com/watch?v=NW8uQnNBtr0
Recycler le temps: assister à un life/live Show de Depeche Mode, ça vous tente ?
http://www.youtube.com/watch?v=o0p-rxDWpZI

Reproduire le passé, avec une couleur futuriste, dans le présent du jeu.

J’aime beaucoup la manière dont Alain Della Negra et Kaori Kinoshita examinent minutieusement les pratiques, les échanges dans leurs films documentaires tout en dressant des cartographies … Je trouve d’ailleurs leur projet sur Burning Man assez surprenant, je l’ai écrit ici.

Autre œuvre, autre espace à mi chemin entre œuvre de fiction et documentaire, teinté de politique, Cao Fei, présentée au Plateau-Frac ile de France tout récemment.

Vu à la biennale de Venise :
Part one / http://www.youtube.com/watch?v=5vcR7OkzHkI
Part two / http://www.youtube.com/watch?v=jD8yZhMWkw0
http://www.youtube.com/watch?v=9MhfATPZA0g

Secondlife semble en ce moment le terrain à la réitération de certaines performances et d’une réécriture d’une partie de l’histoire de la performance, à titre d’exemple citons les performances du couple italien Eva et Franco Mattes, plus connu sous un pseudonyme qui en fait correspond à l’adressage de leur site internet : http://www.0100101110101101.org. Récemment, à Paris, lors du festival Exit 2008 qui se déroulait à la maison des arts de Créteil, il exécutait une performance originalement interprétée par Marina Abramovic et Ulay, intitulée Imponderabilia, et qui eut lieu à la Galleria Comunale d'Arte Moderna di Bologna, en juillet 1977. Leur performance sur le net, n’était pas une avant-première, prend forme dans un projet plus vaste, intitulé Synthetic performances où il réitère les performances phares des années 70, de Joseph Beuys, Gilbert and George, Chris Burden, Vito Acconci etc.

http://www.youtube.com/watch?v=C8aTHkjaOF8

Participe t-il le participant sur Secondlife ? A partir de quelles archives, commentaires, récits élaborent-ils le cadre de leur performance ? N’y a-t-il pas une perte à réitérer des performances, qui avaient un sens transgressif ou qui avaient une valeur de manifeste ? Refaire, recycler et rendre les pièces encore plus polysémiques sans les dénaturer...

mercredi 16 juillet 2008

flâner ou surfer ?



Le "héros moderne" selon Baudelaire est l'individu solitaire errant dans la ville. Le flâneur du XIXe s rejoint le surfer de notre époque. Ils ont en commun la promenade et la solitude. Cependant, connecté et seul derrière son écran, le surfer se berce d'illusions. Qu'est-ce qu'une rencontre derrière un écran ?
Virilio a formulé cette critique : loin de connecter les hommes, le réseau ne fait que les éloigner davantage. Aujourd'hui, je cherche à rencontrer les gens derrière leurs écrans. Je me sers d'Internet pour cela, un peu comme August Sander l'a fait en son temps en photographiant les hommes du XXè s.
Il y a toujours un corps derrière un écran et mes photographies représentaient plus cette "présence physique" oubliée que l'ennui décelé. Mais c'est vrai, SecondLife n'a jamais piqué ma curiosité. Je suis plus intriguée par les documentaires d'Alain Della Negra et de Kaori Kinoshita qui entretiennent le trouble entre la personne et le personnage.
La vidéo fait partie de leur travail et relate un mariage entre deux femmes sur SecondLife alors que ces mêmes personnes sont un homme et une femme dans la "vraie" vie.

dimanche 13 juillet 2008

Ennui-Boredom-Noia/Annoyance

L'ennui n'est pas intrinsèque à la pratique de Secondlife, comme toujours, il n'est qu'un moteur/facteur de l'histoire culturelle.....

Elle se demandait s’il n’y aurait pas eu moyen, par d’autres combinaisons du hasard, de rencontrer un autre homme ; et elle cherchait à imaginer quels eussent été ces événements non survenus, cette vie différente, ce mari qu’elle ne connaissait pas. Tous, en effet, ne ressemblaient pas à celui-là. Il aurait pu être beau, spirituel, distingué, attirant, tels qu’ils étaient, sans doute, ceux qu’avaient épousés ses anciennes camarades du couvent. Que faisaient-elles maintenant ? A la ville, avec le bruit des rues, le bourdonnement des théâtres et les clartés du bal, elles avaient des existences où le coeur se dilate, où les sens s’épanouissent. Mais elle, sa vie était froide comme un grenier dont la lucarne est au nord, et l’ennui, araignée silencieuse, filait sa toile dans l’ombre à tous les coins de son cœur. Elle se rappelait les jours de distribution de prix, où elle montait sur l’estrade pour aller chercher ses petites couronnes. Avec ses cheveux en tresse, sa robe blanche et ses souliers de prunelle découverts, elle avait une façon gentille, et les messieurs, quand elle regagnait sa place, se penchaient pour lui faire des compliments ; la cour était pleine de calèches, on lui disait adieu par les portières, le maître de musique passait en saluant, avec sa boîte à violon. Comme c’était loin, tout cela ! Comme c’était loin !
Elle appelait Djali, la prenait entre ses genoux, passait ses doigts sur la longue tête fine, et lui disait : -Allons, baisez maîtresse, vous qui n’avez pas de chagrins.
Puis, considérant la mine mélancolique du svelte animal qui bâillait avec lenteur, elle s’attendrissait et, le comparant à elle-même, lui parlait tout haut, comme à quelqu’un d’affligé que l’on console.

Madame Bovary, Gustave Flaubert (1856-1857)

Et parce que cet ennui, n’est pas seulement lié au repos dominical, ni à la fête nationale, on ne saurait trop relire quelques pages de Moravia, tout en écoutant « l’homme à la tête de choux »



Et si le cœur y est, si l’attente se fait angoisse, voire désespoir, déception de l’autre ou de soi, mieux vaux s’enfermer dans une salle obscure pour revoir le film de Kahn

Parce que l’ennui n’est pas seulement qu’un thème littéraire, poétique (Baudelaire), philosophique (voir chez Heidegger) ; il est aussi objet de fantasme, et de ressort aux pièces d’Alex Bag, par exemple…,
cliquez donc ici !!

Il faut travailler, sinon par goût, au moins par désespoir, puisque, tout bien vérifié, travailler est moins ennuyeux que s'amuser. Journaux intimes, "Mon Coeur mis à nu", Charles Baudelaire (1821-1867)

SecondLife



ici





maintenant


toujours là


idem

jeudi 10 juillet 2008

Ma Seconde Vie Culinaire

Sur SecondLife, la gastronomie du voyage débute par le choix d'avatars, le votre en premier puis ceux qui constitueront vos amis lors des diverses échanges... Magasin de corps...



En avant pour une première rencontre a-temporelle...



Etrange, non que les Spaces Invaders, jeu quasi culte, se retrouvent sur une île...
Tautologie du "game play", simple citation du passé, dans le présent....



Dichotomie de SecondLife qui oscille entre distractions et recherches scientifiques (voire donnant même accès à certains symposiums)...Secondlife est-il un monde virtuel utilisé comme médiation scientifique et culturelle ?




Lieu de la pure contemplation psychédélique ?



Let's dance...

lundi 7 juillet 2008

cuisine interne



En regardant la vidéo de Derrida intitulée la peur d'écrire, j'ai découvert celle de Foucault juste après dans la file. Elle exprime très justement ce que je tente de faire avec tchatchhh et d'autres choses. Je ne sais pas si j'y parviens mais c'est là où j'interviens. Dans les interstices, en jouant de fausses notes et en m'intéressant aux phénomènes mineurs.



Dans le silence, il y a du bruit, c'est connu. Dans la musique, on parle surtout de cuisine et de champignons, on aborde les événements de biais. Les petites histoires forgent la grande.

dimanche 6 juillet 2008

Amorce

je vous écris

« Vous pourriez lire ces envois comme la préface d’un livre que je n’ai pas écrit. Il aurait traité de ce qui va des postes, des postes en tous genres, à la psychanalyse .(…) Quant aux Envois eux-mêmes, je ne sais pas si la lecture en est soutenable. Vous pourriez les considérer, si le cœur vous en dit, comme les restes d’une correspondance récemment détruite. (…) Une correspondance, c’est encore trop dire, ou trop peu. Peut-être ne fut-elle pas une (mais plus ou moins) ni très correspondante. Cela reste encore à décider. Aujourd’hui (…), il n’y a là que des envois, des envois seulement dont ce qui fut épargné ou si vous préférez « sauvé »(j’entends murmurer déjà « accusé »comme on dit de réception)l’aura dû, oui,dû à un principe de sélection fort étrange et que je juge pour ma pat, aujourd’hui encore, contestable, comme peut être d’ailleurs en toute occasion la grille, le crible, l’économie du tri, surtout si elle destine à la garde, pour ne pas dire l’archive. » cf . Jacques Derrida, La carte postale de Socrate à Freud et au-delà, éd. Flammarion, Paris, 1980.


Je vous écris une lettre,…. un billet, un poste…. d’un pays lointain pour reprendre les vers d’Henri Michaux et ceux de Chris Marker ! Allez donc, jetez un oeil sur la revue Hors Champ...


Et si pour entamer, amorcer, débuter cette conversation écrite, il fallait simplement accepter le silence de l’autre ?




Comment comprendre alors cet exercice, cet échange, ce support ??? Comprendre le « je », sur SecondLife à partir de


		

lundi 30 juin 2008

conversation avec Cyril Thomas du dimanche 6 juillet au samedi 6 septembre

En guise de présentation Cyril Thomas m'a donné deux images et un son :







John Giorno - Everyone Is A Complete Disappointment - Extrait de John Giorno et Anne Waldman ; A Kultur Selection.

dimanche 29 juin 2008

Are you experienced ?

retrouver ce média sur www.ina.fr
Je ne connaissais rien de l'Allais peintre et Wikipédia n'en dit mot. J'y apprends avec ravissement que cet autre touche-à-tout est né à Honfleur à quelques mètres d'Erik Satie, dans la même rue, et qu'il fit des recherches sur la photographie couleur et la synthèse du caoutchouc, et déposa un brevet pour du café lyophilisé... Je crois me souvenir que Honfleur rime chez toi avec bonheur !
Avec la célèbre causerie anti-alcoolique de Bourvil, je rends hommage à celui qui, dans Les crayons, glisse en a-parte "quand on est artiste, il faut savoir faire tous les genres !", autre manière de revendiquer la définition de Cocteau que je rappelai lors d'un précédent billet et que j'adopte sans préjuger de l'avenir, ayant la chance d'en tout ignorer.
Dans les années 50, même si les bidonvilles fleurissaient sur la couronne de Paris, il n'y avait pas de SDF dans les rues. Les rares clodos que l'on croisait avaient souvent choisi leur état. Ils avaient toujours des histoires incroyables, désespoirs d'amour ou banqueroutes, qu'ils avaient laissées derrière eux grâce à la divine bouteille. Peut-être ai-je été impressionné lorsque j'étais enfant, mais je supporte mal les ivrognes ni aucune représentation dont c'est le sujet. Je ne lis pas les romans qui en traitent et évitent soigneusement les potes qui s'y complaisent. La boxe me fait un effet comparable. L'abus d'alcool rend con et agressif, on le sait bien. Aussi, adolescent, j'ai préféré la marijuana qui rendait gai et faisait planer. Bon d'accord, l'ivresse légère est franchement sympathique dans ses effets désinhibiteurs. Mais pour nous, l'alcool était la drogue imbécile des adultes. Les nôtres ouvraient sur de nouveaux mondes de perception sensorielle, l'expérimental était la loi.
Mon ami Bernard Vitet, qui est plongé depuis des mois dans la lecture d'Alphonse Allais, me raconta qu'une des Clodettes, avec qui il jouait aux côtés de Claude François, ayant passé la nuit avec Jimi Hendrix, était revenue le lendemain matin, avec un T-Shirt où était imprimé "I've been experienced !".


Sur le film emblématique de Monterey, le guitariste chante en ne cessant jamais de mâcher son chewing-gum, et on sait qu'il joua tout le concert sous acide lysergique. Attention, la constitution chimique de son Purple Haze n'avait rien à voir avec les substances en vente aujourd'hui et celui qui avait mis le Fire aux poudres s'asphyxia dans son vomi quatre ans seulement après avoir enflammé le monde musical tous genres confondus avec sa Wild Thing. L'Electric Ladyland ne cesse pourtant de s'étendre, revendiqué par de plus en plus de courants, du rock aux divers contemporains en passant par tous les funks et jazzeux de la planète...
La guitare me fait revenir à ton dernier billet. Très belle chanson inspirée d'Isaac Hayes si j'ai bien compris, même si la vidéo de Pipilotti Rist m'emballe moins. J'avais vu le clip de circonstance de Pierrick Sorin sur le Super Wall de mon FaceBook en début de semaine. Communication tous azimuts oblige, j'occupe l'espace du Net, et avec mon MySpace, mon LinkedIn, mon blog, mon site, mes modules interactifs, mes lapins, etc. J'aime bien le côté Deschiens de Sorin, même si je m'en lasse vite. "Même si", même si, il faut toujours que je joue de cette dialectique du pauvre... Énième quadrature du cercle de ce dernier jour sur Tchatch, Même si tu revenais, le premier 30 cm que j'ai acheté avec mes sous était justement celui de Claude François à l'Olympia. Et puis, cela me fait trop plaisir de voir Sacha jouer la comédie. Ça lui va comme un gant, mieux, comme une paire de lunettes. Clin d'œil rétinien à ma compagne qui a failli se la décoller cette semaine, décidément ! En parfait obsessionnel, j'avais l'habitude de terminer les vhs sur lesquelles j'enregistrais des films à la télé avec des petits machins comme ceux-ci et, avec le temps, il n'y a que ces bouche-trous que j'ai envie de revoir. Avec quelques films tout de même, car ces formes courtes envahissent rapidement l'espace audiovisuel de nos nouveaux médias...


Pour conclure aujourd'hui cet échange comme je m'y étais engagé en l'entamant, je vous propose de vous détendre avec ces quelques stéréoscopies. Vous connaissez le principe, laissez-vous aller en focalisant au loin, les images cachées apparaissent lentement comme par enchantement. On pourra y déceler la métaphore graphique de l'ensemble de mes billets.
Enfin, je te remercie, chère Karine, de m'avoir accueilli pendant ces deux petites semaines et te souhaite une bonne continuation et de bonnes vacances si tu peux en prendre. L'appel du vide est un chant nécessaire pour préparer les pages blanches que nous pourrons noircir de notes et de silences comme si c'était le premier jour, sachant que nous devons agir comme si chacun était le dernier.

samedi 28 juin 2008

il est 20h19.



I'm victim of this song - Pipilotti Rist - 1995

Les synonymes de pochard sont tous ravissants : alcoolo, bec-salé, boit-sans-soif, ivrogne, pochtron, sac à vin, soiffard, soulard. Ils forment ensemble une jolie mélodie. Alphonse Allais est également l'auteur de :
Première communion de jeunes filles chlorotiques par un temps de neige, Récolte de la tomate par des cardinaux apoplectiques au bord de la mer Rouge (Effet d'aurore boréale) ou encore Stupeur de jeunes recrues apercevant pour la première fois ton azur O Méditerranée !
Monochromes blanc, rouge et bleu pour ces trois titres, Alphonse Allais publie en 1897 Album Primo-Avrilesque qui réunit d'autres aplats. Cet ouvrage est passé quasi inaperçu alors qu'il annonce et devance même le monochrome de Malevitch.

Alphonse Allais a fréquenté le mouvement des Arts Incohérents, également passé inaperçu, né en 1882 à l'initiative de Jules Lévy avec l'idée de "faire une exposition de dessins exécutés par des gens qui ne savent pas dessiner". Ce mouvement est décrit par Catherine Charpin dans l'unique livre qui lui est consacré, Les Arts Incohérents (1882-1893) aux éditions Syros Alternatives en 1990, comme précurseur des avant-gardes du XXème siècle, y compris DADA, surtout DADA. Les incohérents désacralisent tout et sapent sur le ton du calembour les valeurs reconnues de l'art. Cependant, leur goût pour la dérision et leur propension à ne pas se prendre au sérieux les ont condamné à sombrer dans l'oubli.




Pierrick et Jean-Loup font de la musique - Pierrick Sorrin - 1994 - http://www.dailymotion.com/



Visu - partie 1 - Benoit Forgeard
Bonus.

vendredi 27 juin 2008

Quelle heure est-il à ta montre ?


Quel ennui si nous étions tous d'accord ! Une conversation permet de confronter des points de vue, d'entendre d'autres arguments que les siens. Ce n'est pas si facile de provoquer la discussion. Par contre, la tchatch n'est pas un échange. Je cherche évidemment la discussion, le contrepoint, le champ/contre-champ. Je ne crains pas la provocation, d'autant qu'elle n'est pas forcément volontaire. Mais je n'aime pas ceux "qui s'amusent sans arrière-pensée", comme disait Cocteau à qui j'ai emprunté le titre de mon précédent billet (c'est l'exergue D'une histoire féline). Ces deux petites phrases ont dessiné ma course il y a plus de trente ans. Tant mieux si le Lièvre n'a aucune chance. Je repense à celui de La Règle du Jeu pendant la partie de chasse. Comment veux-tu que je cite les "autres artistes" ? Ils sont légions romaines. Chaque bâton d'encens qui brûle sur mon blog est gravé à leurs initiales. Ils me parfument. C'est une forêt qui ne cache aucun arbre. Si mes phrases sont parfois énigmatiques ou qu'elles jouent de doubles sens, c'est qu'elles rendent hommage aux trouvailles de Bertolt Brecht. J'adore, par exemple, cet Allais que je ne connaissais pas, à cause des pochards. J'ai cité Buñuel parce qu'il est le cinéaste qui dépeint le mieux la bourgeoisie telle que je l'abhorre, Renoir parce qu'il montre que la différence de classes est incontournable, Cocteau pour sa définition de l'artiste.
Comme nous nous approchons de la fin de notre échange et qu'il commence seulement à trouver ses marques, je ne résiste pas au plaisir d'ajouter ci-dessus la bande-annonce du Journal d'une femme de chambre dont je citai le dialogue, suivie ci-dessous de la scène du Fantôme de la liberté dont j'ai utilisé hier un photogramme:


Et pour finir n'importe quel passage relatif à Cocteau, mais le choix de celui-ci, dû pourtant au hasard, n'a rien d'innocent !

réponse



Mon terrain n'est pas celui de la provocation car elle ne vise qu'à déstabiliser l'autre, lui faire perdre la face. Je préfère de loin la charge critique et/ou le questionnement qui entretient le trouble. Que dire de Bunuel si ce n'est que c'est un grand cinéaste ? Que faire après Duchamp ? etc. Nous n'en sommes plus à régler des comptes avec l'histoire de l'art. Pascal Lièvre utilise effectivement des clichés et le format clip dans son travail. Je dirais qu'il est plus pop qu'autre chose mais qu'importe, je n'ai pas envie de le défendre car ce n'est pas un artiste qui est important pour moi. J'apprécie ces deux vidéos que j'ai citées dans le contexte précis de notre conversation. De quels autres artistes parles-tu ?
Comme toi, je suis très vigilante à la critique en art. Je ne parle pas spécialement des spécialistes mais de la responsabilité des artistes à produire du sens. Ils ne sont pas forcément dans notre institution et ils sont nombreux malgré les références historiques. Je trouve que la comparaison entre Bunuel et Lièvre est un peu facile car le second n'a aucune chance.

Illustration : Ronde de pochards dans le brouillard. Alphonse Allais.

Ne pas être admiré. Être cru.


"Je suis pour l'amour, Célestine, pour l'amour fou !" marmonne Michel Piccoli dans le sublime Journal d'une femme de chambre de Luis Buñuel d'après Octave Mirbeau. Lorsqu'en 1930 le cinéaste espagnol provoquait la salle avec L'âge d'or et qu'attaquaient physiquement la Ligue anti-juive et la Ligue des patriotes, la provocation était d'une autre nature esthétique et politique que les ringardises poulbots de Pascal Lièvre.
J'avoue mal supporter la superficialité des prétentions post-modernes de ce type. Les responsables branchés, nouveau pouvoir, essaient de nous faire avaler ces provocations potaches de poseur comme si c'était le reflet de notre époque. S'il en est ainsi, heureusement qu'il est d'autres tropiques plus résistantes à l'absence de pensée critique, d'autres artistes conscients de leurs responsabilités, ou de leur irresponsabilité ! On mélange tout, Duchamp et ses affligeants avatars, Lacan et les Lacaniens, Godard et les Godardiens... Tous les provocateurs ne portent pas la même charge explosive, tous ne visent pas la même cible.
Certains évoqueront le second degré, mais c'est un concept que j'ai toujours trouvé louche. On ne raille que ce qu'on aime, mais que l'on a du mal à avouer. La culpabilité engendre de tristes monstres.
J'ai regardé jusqu'au bout. Je m'étais déjà forcé lorsque les camarades d'Arcadi m'avaient offert le dvd de Lièvre. Le masochisme est-il de se mettre en scène en recevant des claques ou d'avoir à subir le spectacle et particulièrement ces interprétations complaisantes et insupportables, en particulier pour un musicien (je ne parle pas ici de profession) ? J'avais pourtant adoré le récital de la cantatrice Cathy Berberian où elle s'amuse à chanter faux et pastiche les salons bourgeois avec les incisives. Si la fonction de l'art est d'interroger et que tout m'interroge, alors est-ce que tout est de l'art ? Si c'est le cas, j'opte définitivement pour ce qui est cochon. Au moins c'est cru.

l'amour fou




Savoir aimer - Pascal Lièvre - http://www.dailymotion.com




L'axe du mal - Pascal Lièvre - http://www.dailymotion.com

Le duo des chats


Six ans, c'est beaucoup. Pas encore l'âge de raison, mais on se rapproche. On a le temps de changer d'avis, de changer de vie. La question se pose, sinon elle ne serait pas évoquée. Nos choix en disent long, même à avancer masqué, à en être les jouets, trop complexes à décrypter. On miaule. Ce mystère fascine. Le duo des chats est souvent joué avec des masques félins. Je préfère voir les visages, connaître les émotions vraies. Le maquillage est une duperie, mais je la respecte. J'aurais craint de me réveiller avec quelqu'un d'autre dans mon lit.
Gioacchino Rossini était un sacré farceur. À la fin de sa vie, la musique l'écœurait, mais il continuait pour faire plaisir à sa compagne. "Gioacchino, écris-moi quelque chose, s'il-te-plaît !" Et Rossini composait Mon prélude hygiénique du matin. Il figure parmi ses Péchés de vieillesse avec Quelques riens pour album, Musique anodine, Quatre hors d'œuvre et quatre mendiants, Valse lugubre, Prélude convulsif, Ouf Les petits pois, Un saute, Une caresse à ma femme, Fausse-couche de Polka-Mazurka, Etude asthmatique, Les radis, Les anchois, Les cornichons, Le beurre, Prélude prétentieux ou Tarentelle pur-sang avec traversée de la procession... On dirait des titres à la Satie. Pas seulement les titres. Son éditeur était obligé de l'enfermer pour qu'il termine ses opéras. Le musicien s'en sortait en livrant plusieurs fois la même ouverture pour différentes œuvres dramatiques. On ne peut qu'admirer l'homme qui inventa le tournedos Rossini. Sa recette à base de viande et de truffe est devenue un cœur de filet de bœuf surmonté de foie gras et une sauce madère aux truffes. Je lis sur Wikipédia que son célèbre Duetto buffo di due gatti serait dû à G. Berthold, qui utilisa pour cela la cavatine de Iago dans Otello, ainsi qu'une Katte-Cavatine due à un compositeur danois. À qui se fier ?


Pendant que je tape mon billet dans le TGV et surfe grâce à la clé USB 3G+ icon 225, le chat Scotch ne moufte pas dans son panier. Nous avons été incapables de lui mettre sa laisse et j'en ai eu marre d'aller ramper au fond du wagon pour le rattraper. J'ai placé une seconde vidéo du duo des chats parce qu'en musique classique, à moins de savoir lire une partition, on apprend à connaître les œuvres en comparant les interprétations. Il en existe pléthore. La première a été filmée lors d'un Séminaire de Gérard Lemesne, la seconde avec Montserrat Caballé et Concha Velsaco.

jeudi 26 juin 2008

être bonne à rien c'est quand même agir



La phrase titre du billet précédent est une phrase de Marcel Broodthaers que je me suis appropriée dans un contexte très étroit qui est celui de l'art contemporain. Même si mon quotidien est influencé par mes activités artistiques voire orienté par celles-ci, ne serait-ce qu'avec tchatchhh, je suis incapable d'appliquer le mot "réussite" sur une existence. D'ailleurs, c'est avec beaucoup de détachement et d'ironie que Broodthaers a employé ce terme. En réalité, je n'ai pas d'objectif et je ne peux donc pas évaluer ma réussite. Néanmoins, je n'avance pas à tâtons, je suis même assez déterminée et précise dans mes choix. Cependant, j'accepte toutes les dérives comme d'autres possibles stimulants, c'est pourquoi je m'intéresse à la rencontre.
Le marché de l'art m'indiffère et je n'ai jamais rien fait pour en faire partie. Par contre, inscrire ma pratique dans un débat d'idées est nécessaire et me nourrit.
La phrase de Broodthaers : « Moi aussi, je me suis demandé si je ne pouvais pas vendre quelque chose et réussir dans la vie. Cela fait un moment déjà que je ne suis bon à rien. Je suis âgé de quarante ans. » De plus en plus, l'art contemporain propose des kits de réussite : avoir la bonne idée au bon moment / faire vite et efficace. Je suis très loin de cette approche que je trouve illusoire; elle fait en plus le jeu de notre société et perd sa nuisance critique.

Illustration : le chat de l'interview du billet précédent.

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J'ai 55 ans. Je dors très peu. Je voudrais perdre du poids. Je roule à bicyclette. Je suis volontariste. Je travaille beaucoup. Je lis le journal le matin très tôt, dès que le coursier l'a déposé dans la boîte. Je produis de l'électricité. J'aime les fleurs vivantes. Je déteste la compétition, mais je ne crains pas la lutte. L'exploitation de l'homme par l'homme me fait horreur. L'esclavage des femmes me rend triste. Je ne sais rien faire seul. Cela ne m'intéresse pas. Je pense aux autres. Je Je Je. Ce sont mes initiales.
Je n'aime pas vendre. Je préfère donner. Mais je suis fier de gagner ma vie avec ce que je produis. Du vent. Du vent qui passe dans un tuyau et vient se briser contre un biseau. J'ai toujours su que je devais être patient, car ce dont je rêvais était invendable, difficilement vendable est plus adéquat. Il faut du souffle. J'écris des billets longs comme le bras, bourrés de liens, et des inédits sonores qui dépassent les 10 minutes. À quoi cela rime-t-il ? L'épanouissement ne serait qu'un combat perdu d'avance puisque la mort reprendra ses droits un jour ou l'autre. Peut-être demain. On ne fait que repousser l'échéance. Tout disparaîtra. Mais on ne sait rien, on n'en sait rien, on ne connaît qu'aujourd'hui, alors on avance. On n'a pas le choix. Il faut mieux le faire en rigolant qu'en faisant la gueule, prendre des billets collectifs, chercher le sourire en face, lutter pour que ce soit plus doux, pouvoir continuer à se regarder dans la glace, y reconnaître l'enfant qu'on a toujours été, lui faire un clin d'œil et repartir pour de nouvelles aventures. Vertige. Je répète inlassablement aux étudiants que les seules "valeurs" qui riment à quelque chose sont la persévérance et la solidarité.
Les conseils que je prodigue me sont d'abord adressés. Je suis le cobaye de mes élucubrations. L'éternel étudiant. Je ne m'endors pas sans avoir appris quelque chose. Il n'y a pas d'âge pour changer. Rien n'est jamais joué. Il suffit de décider. Chaque matin, la question se pose. Qu'ai-je envie de faire de ma vie ? La réussite, c'est de savoir ce qu'on veut. Mettre des sons et des images sur son désir. Ou des odeurs, ou des saveurs, ou je ne sais quoi, à chacun son truc, il faut inventer. Après, ce n'est que du travail. Beaucoup de travail. On ne s'ennuie pas. Même les vacances sont un travail. Je vais d'ailleurs m'y employer dès demain.
Mon père m'appelait "Good for nothing". Je n'ai pas voulu le contrarier. Je suis devenu artiste. Je ne fabrique que des rêves. Cocteau à qui l'on demandait sa profession écrivit : sans (toutes). Rien ou tout, c'est pareil. L'inconscient ignore les contraires. Le choix relève d'un défi. Qu'est-ce que tu veux ?

L'absurdité paranoïaque des écoles et universités françaises a freiné ta course. Te brancher au Net depuis les Beaux-Arts de Quimper était digne d'une opération commando. Tu ne pouvais t'identifier sur ton propre blog. C'est emblématique. L'absence d'image fait signe. Le chat s'en fiche. Lui sait. Ou il devine. Par ton titre, tu n'affirmes pas, tu interroges. Il n'est jamais trop tard. Mais où la révolte va-t-elle se nicher ? C'est en ce lieu mystérieux que gît la réponse. Certaines sont plus pénibles que d'autres. Rien d'enviable. Certaines sont moins ambitieuses. Tant mieux. Aucun point n'est accessible. Aucun n'est inaccessible. Il faut tourner autour, l'encercler, l'approcher doucement, lui tendre un piège, ruser avec son désir, avec celui de l'autre, des autres, de tous les autres. C'est impossible. C'est ce qui fait son prix. La conversion, le change, l'affranchissement. Au diable, la famille !

De mon côté, je fais des pets, c'est plus anecdotique, mais je m'éclate à roter pour le site des Ptits Repères qui s'étoffe tous les deux mois d'un nouveau jeu que je sonorise avec la complicité de l'équipe de Surletoit qui conçoit et réalise le site enfants de la Marque Repères et ce depuis trois ans... Ce matin, justement, il ne fallait pas manquer d'air pour pédaler sur son vélo d'appartement. J'ai aspiré, j'ai soufflé. Les gens qui ont la chance de me voir faire des grimaces et des grands gestes derrière la vitre du studio me disent que c'est chouette comme travail. Se faire payer pour faire des bruits glauques, c'est vrai que c'est super ! Notre client, intelligent, accepte les effets scatologiques dont les enfants raffolent. Tu vois, il m'en faut peu pour me satisfaire. L'art, l'amour, le sexe, le travail, la révolte, tout n'est affaire que de régression. La maturité est de l'apprivoiser.

mercredi 25 juin 2008

Moi aussi, je me suis demandée si je ne pouvais pas vendre quelque chose et réussir dans la vie. Cela fait un moment déjà que je ne suis bonne à rien. Je suis âgée de trente quatre ans.

tchatchhh est un lieu ouvert à toutes les conversations. En voici une très éclairante :



Marcel Broodthaers - Interview with a Cat - 4'54'' - http://ubu.com/sound/broodthaers.html